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analyses
Pour Bernie Sanders, ce n'est pas la fin mais le commencement

Alexis Rapin, 13 octobre 2016

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Il n’a pas dit son dernier mot, Bernie Sanders. Si beaucoup considèrent que la défaite du sénateur du Vermont aux primaires démocrates a tué dans l’œuf son insurrection progressiste, lui, ne l’entend pas de cette oreille. Il travaille déjà à poursuivre son combat, une fois passée la date fatidique du 8 novembre. La campagne des présidentielles n’aurait donc pas marqué la fin mais bien le début de son « mouvement ».


Pour l’heure, il est vrai qu’une certaine harmonie règne parmi les forces de la gauche américaine : depuis la Convention nationale démocrate de cet été, Bernie Sanders a rallié la campagne de Hillary Clinton, en faveur de laquelle il multiplie les rassemblements électoraux. Le sénateur indépendant s’est rendu ces dernières semaines dans plusieurs États clé (Michigan, Pennsylvanie, Iowa) afin d’aider la candidate démocrate à conforter son avance1.

 
Un objectif après l’autre
Alors que beaucoup de ses partisans se sont montrés déçus (et pour certains, révoltés) par cette manœuvre2, le Vermontois a expliqué ses motivations et exposé un raisonnement essentiellement pragmatique :


1) Une victoire de Donald Trump serait « un désastre » 2) Hillary Clinton n’est pas parfaite, mais elle défend plusieurs mesures progressistes. Il s’agit donc, selon lui, de traiter les problèmes par ordre de priorité : d’abord, faire élire une administration démocrate, ensuite, faire pression sur celle-ci pour lui imposer un agenda résolument à gauche3.


La première tâche paraît, au vu des sondages actuels, en bonne voie d’être accomplie : le site FiveThirtyEight évalue désormais à plus de 80% les chances de victoire de Hillary Clinton4. Reste toutefois la seconde. Comment Sanders compte-t-il pousser à gauche la prochaine administration ?


Un bloc progressiste au Sénat
C’est l’ancien sénateur du Wisconsin, Russ Feingold, qui a livré une première réponse. Celui-ci a en effet émis l’idée – que certains voyaient déjà pointer à l’horizon – de former autour de Bernie Sanders un bloc progressiste au Sénat. Celui-ci regrouperait des personnalités de gauche comme Elizabeth Warren (Massachussetts), Sherrod Brown (Ohio), Jeff Merkley (Oregon) et lui-même, advenant qu’il reconquiert le siège qu’il a perdu en 20115.


Qu’il s’agisse d’un caucus officialisé ou d’un arrangement informel, l’idée, pour Feingold, serait d’assurer que les démocrates du Congrès et de la Maison-Blanche tiennent les promesses de campagne (notamment celles contenues dans la plateforme issue de la dernière Convention nationale du parti) et s’engagent sur le long terme à défendre un agenda axé sur la justice économique.


Un tel bloc pourrait, par ailleurs, prendre une importance particulière dans le cas où les démocrates regagneraient une petite majorité au Sénat cet automne6: avec leurs 4 ou 5 voix, les législateurs rebelles pourraient verrouiller ou non une majorité pour la gauche, s’arrogeant ainsi un pouvoir de pression important sur le caucus démocrate.


Des guérilleros à travers tout le pays
Bernie Sanders a une autre corde à son arc. Le groupe d’action politique qu’il a lancé au lendemain des primaires, « Our Revolution », travaille désormais à mettre sur pied une petite armée d’élus locaux défendant les idées du Vermontois. Candidats aux législatures d’Etat, aux mairies ou aux conseils municipaux, ils sont déjà plus d’une centaine de guérilleros à bousculer « par le bas » l’establishment démocrate.


Si le succès est au rendez-vous, ce seront autant de petits bastions progressistes d’où le mouvement Sanders pourra appliquer à petite échelle son programme politique et essaimer ses idées7. Un pari qu’ils tentent dans des États réputés indécis (Minnesota, New Hampshire, Wisconsin) mais aussi au cœur de territoires tenus de longue date par les démocrates (Californie, Connecticut, ou Massachussetts).


Cette stratégie est d’autant plus astucieuse qu’elle met à contribution un groupe boudant passablement les démocrates : les milléniaux. En mobilisant, formant et finançant de jeunes candidats, « Our Revolution » semble chercher à préparer une génération de décideurs qui, d’ici quelques années, pourra prétendre aux postes de gouverneurs ou de membres du Congrès. Si le mouvement de Sanders est à ce jour marginal, la relève démocrate pourrait donc faire face à plus de concurrence à l’avenir.


Un avertissement
Un coup de pelle de plus creusant la tombe du bipartisme ? Ce serait aller vite en besogne. Le mouvement de Bernie Sanders a encore du chemin à parcourir, ne serait-ce que pour représenter chez les démocrates ce que le Tea Party a pu représenter chez les républicains, il y a quelques années.


Mais l’avancée des « Sandernistes » résonne comme un avertissement et, potentiellement un exemple duquel s’inspirer, pour le parti à l’âne : l’establishment doit se réformer, le programme s’adapter et les liens avec la base se réinventer, si les démocrates entendent à l’avenir pouvoir mettre à profit les forces vives de la gauche américaine.

 

 

1:http://www.wsj.com/articles/bernie-sanders-packs-schedule-with-campaign-stops-for-hillary-clinton-1475928002

2:http://www.nytimes.com/2016/07/13/us/politics/bernie-sanders-reaction.html

3:https://www.thenation.com/article/bernie-sanders-thenation-interview/

4:http://projects.fivethirtyeight.com/2016-election-forecast/?ex_cid=rrpromo

5:https://www.thenation.com/article/russ-feingold-wants-to-lead-a-new-progressive-era-in-the-senate/

6: https://www.washingtonpost.com/news/the-fix/wp/2016/10/05/in-battle-for-the-senate-democrats-now-have-a-narrow-edge/
7: http://www.huffingtonpost.com/entry/bernie-sanders-revolution-zephyr-teachout_us_57e6b76be4b0e80b1ba25ba9

 

 
   
   

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