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Le momentum changeant de la campagne

Christophe Cloutier , jeudi 29 septembre 2016

  trump clinton  

Alors que la saison de la course à pied bat son plein en Amérique du Nord, le plus éreintant des marathons politiques entre dans son dernier droit avec la présentation cette semaine du premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump, premier de trois rendez-vous qui opposeront les deux aspirantEs à la succession de Barack Obama1 .

 

L’occasion semble bonne pour réfléchir sur l’état de la course, à six semaines du vote qui déterminera qui occupera le bureau ovale à compter du 20 janvier 2017.

D’emblée, ce qui saute aux yeux lorsqu’on observe le développement récent de la campagne est la relative bonne position du candidat Trump, tenu pour vaincu au lendemain des conventions des partis il y a deux mois. Le 9 août, l’agrégateur de sondages du site RealClearPolitics relevait un écart de 7,9 points à l’avantage de Clinton, ce qui faisait miroiter l’espoir pour les démocrates d’un raz-de-marée semblable à celui qui avait accompagné l’élection du Texan Lyndon Johnson en 19642 . Aujourd’hui cet écart n’est plus que de 2,5 points, toujours à l’avantage de l’ex-sénatrice et secrétaire d’État, ce qui place néanmoins les deux candidats virtuellement à égalité3 . Certes, la démocrate demeure favorite. En plus de maintenir une avance (réduite) dans les sondages, elle bénéficie toujours d’un avantage certain au Collège électoral, où se joue, en définitive, l’élection présidentielle4 . Toutefois, l’espoir d’une victoire facile semble aujourd’hui lointain. « The Donald » est bel et bien de retour dans la course et les chances de le voir triompher le soir du 8 novembre sont évaluées à plus de 40% par l’équipe du site FiveThirtyEight5. L’Ohio semble pencher de plus en plus du côté républicain6 , tandis que la course se resserre au Colorado7 , au Nevada8 et en Virginie9 . Ces quatre États ont appuyé Barack Obama en 2008 et en 2012. Comment en sommes-nous arrivés là ? En l’absence d’une explication unique, trois facteurs expliquent ce changement de momentum :


1) Le ralliement des républicains autour de Trump
Donald Trump a remporté les primaires sans obtenir l’appui de l’establishment du Grand Old Party, lequel aurait préféré voir le couronnement d’un Jeb Bush, d’un Marco Rubio, voire d’un Ted Cruz. À l’aube de la Convention nationale républicaine de Cleveland, le mouvement Never Trump avait juré de faire obstacle à l’investiture du magnat de l’immobilier comme candidat présidentiel pour le GOP. Plusieurs électeurs républicains sont demeurés récalcitrants dans leur appui à Trump. Toutefois, à l’approche du rendez-vous électoral, il semble que ces électeurs se rallient de plus en plus au candidat controversé. Un récent sondage HuffPost Pollster faisait ainsi état d’un appui de Trump auprès des électeurs républicains qui seraient à peu près égal au pourcentage d’appui de Clinton auprès des électeurs démocrates10. Ce ralliement tardif illustre bien comment, dans un contexte de polarisation politique exacerbée qui est celui des États-Unis, marqué par l’animosité envers le parti adverse11, il est difficile pour les partisans d’un parti de traverser la clôture, peu importe le niveau de leur désamour envers leur propre candidat. Même Ted Cruz, l’adversaire des primaires qui avait refusé d’appuyer Trump lors de la Convention de Cleveland12, a fini par donner son appui au candidat la semaine dernière13 .


2) Une couverture médiatique défavorable à Clinton (et favorable à Trump)
Est-ce un réflexe journalistique de vouloir tout balancer ? Une volonté plus ou moins consciente de pimenter la course ? Une conséquence des attentes fort divergentes envers les candidats, voire du double standard dont doit pâtir Hillary Clinton ? Toujours est-il que la couverture médiatique de la campagne au cours des dernières semaines a pris une tangente particulière, où le moindre bon coup de Trump est souligné comme tel et où la moindre erreur de Clinton est critiquée en long et en large. Il est évidemment difficile, voire impossible, d’établir à quel point cette couverture médiatique peut influencer le cours de l’élection, mais il faut absolument lire cette récente chronique du journaliste du New York Times Nicholas Kristof, qui réfléchit sur les dangers des « fausses équivalences » opérées par les journalistes dans leur couverture de la campagne.14 Née d’un souci de rigueur et d’objectivité tout-à-fait louable, cette pratique a cependant pour effet, nous dit Kristof, de normaliser la candidature de Donald Trump, malgré les innombrables mensonges proférés par le candidat tout au long de la campagne électorale.15


3) Fatigue de l’électorat et manque d’enthousiasme chez les démocrates
Finalement, un troisième facteur à considérer serait la fatigue générale de l’électorat après deux mandats démocrates à la Maison-Blanche et le manque d’enthousiasme que suscite la candidature de Clinton auprès de l’électorat démocrate. Rappelons qu’il est relativement rare, en politique américaine, qu’un parti conserve le contrôle de la Maison-Blanche pendant trois mandats ou plus. Les républicains sont les derniers à y être parvenus sous Ronald Reagan et George Bush père (1981-1993). Pour les démocrates, il faut remonter aux cinq mandats consécutifs exercés par Franklin Roosevelt et Harry Truman de 1933 à 195316. Clinton se trouve dans l’ingrate position d’être la candidate du statu quo, s’inscrivant dans le sillage de la présidence d’Obama, son adversaire de 2008. Trump de son côté peut plus aisément incarner le changement, d’autant plus que contrairement à Clinton, il n’a jamais occupé de fonction politique et apparaît comme le candidat outsider par excellence. Il apparaît ainsi mieux placé pour capitaliser sur l’insatisfaction et la soif de changement d’une partie non négligeable de l’électorat. L’équipe de la candidate démocrate doit par ailleurs composer avec un électorat plus volatile, dont la présence aux bureaux de vote est tout sauf assurée.17 Clinton doit particulièrement trouver un moyen de mobiliser la jeune génération des Millennials (les Y). Ceux-ci ont se sont résolument rangés derrière Obama en 2008 et en 2012, ont majoritairement choisi d’appuyer Bernie Sanders lors des primaires et sont jusqu’ici plutôt tièdes dans leur appui envers la candidate démocrate18. À l’heure où les Millennials ont rejoint les Baby Boomers en tant que segment le plus important de l’électorat américain19, le risque est grand de voir cet électorat naturel du Parti démocrate rester à la maison ou éparpiller son vote entre Clinton, Trump et les candidats de tiers partis Gary Johnson (libertarien) et Jill Stein (Parti vert).

 

(1) En plus du débat du 26 septembre, Clinton et Trump croiseront le fer le dimanche 9 octobre et le mercredi 19 octobre. Le débat des colistiers, qui opposera le démocrate Tim Kaine au républicain Mike Pence, aura lieu le mardi 4 octobre.


(2) « 1964 Presidential General Election Results », David Liep’s Election Atlas. En ligne. http://uselectionatlas.org/RESULTS/national.php?year=1964.


(3) RealClearPolitics, « General Election : Trump vs Clinton ». En ligne. http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/us/general_election_trump_vs_clinton-5491.html . Consulté le 25 septembre 2016.


(4) Le Larry Sabato’s Crystal Ball, le Cook Political Report et RealClearPolitics s’entendent tous pour donner un avantage à Clinton en ce qui a trait au vote des grands électeurs au Collège électoral : Sabato’s Crystal Ball, « The Crystal Ball’s 2016 Electoral College Ratings », http://www.centerforpolitics.org/crystalball/2016-president/ ; Cook Political Report, « Presidential Map », http://cookpolitical.com/presidential/maps ; RealClearPolitics, « Battle for the White House », http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/2016_elections_electoral_college_map.html . Pages consultées le 25 septembre 2016. Voir également l’excellente analyse de Chris Cillizza, « Sure, Trump has the Momentum. But his Prospects for 270 Electoral Votes are Dim. », The Washington Post. En ligne. https://www.washingtonpost.com/politics/sure-trump-has-the-momentum-but-his-prospects-for-270-electoral-votes-are-still-dim/2016/09/18/e6a38440-7daf-11e6-ae22-bfe3092ac7cc_story.html?wpisrc=nl_fix&wpmm=1.


(5) Plus précisément 41,9% en date du 25 septembre. - « Who Will Win the Presidency? », FiveThirtyEight. En ligne. http://projects.fivethirtyeight.com/2016-election-forecast/?ex_cid=rrpromo . Page consultée le 25 septembre 2016.


(6)RealClearPolitics, « Ohio : Trump vs Clinton ». En ligne. http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/oh/ohio_trump_vs_clinton-5634.html.  Page consultée le 25 septembre 2016.


(7) RealClearPolitics, « Colorado : Trump vs Clinton ». En ligne. http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/co/colorado_trump_vs_clinton-5751.html.  Page consultée le 25 septembre 2016.


(8) RealClearPolitics, « Nevada : Trump vs Clinton ». En ligne. http://www.realclearpolitics.com/epolls/2016/president/nv/nevada_trump_vs_clinton-5891.html.  Page consultée le 25 septembre 2016


(9) Fred Barnes, « Virginia Slim : The Race Tightens », Weekly Standard. En ligne. http://www.weeklystandard.com/virginia-slim-the-race-tightens/article/2004501.  Page consultée le 25 septembre 2016.


(10) Janie Velencia, « Republican Voters are Unifying Behind Donald Trump », The Huffington Post, 20 septembre 2016. En ligne. http://www.huffingtonpost.com/entry/donald-trump-gaining-among-gop-voters_us_57e02b5ae4b08cb140972605.


(11) « Partisanship and Political Animosity in 2016 », Pew Research Center, 22 juin 2016. En ligne. http://www.people-press.org/2016/06/22/partisanship-and-political-animosity-in-2016/.


(12) Pour revoir le discours de Cruz à Cleveland : https://www.youtube.com/watch?v=Yiq1Kw3-TGc


(13) Domenico Montanaro et Sarah McCammon, « After Bitter Primary Fight, Ted Cruz Backs Donald Trump », NPR. En ligne. http://www.npr.org/2016/09/23/495211893/after-bitter-primary-fight-ted-cruz-to-back-donald-trump?utm_source=nl-politics-daily-092316.  L’appui de Cruz sur Facebook : https://www.facebook.com/tedcruzpage/posts/10154476728267464 

(14) Nicholas Kristof, « When a Crackpot Runs for President », The New York Times, 15 septembre 2016. En ligne. http://www.nytimes.com/2016/09/15/opinion/when-a-crackpot-runs-for-president.html?rref=collection%2Fcolumn%2Fnicholas-kristof&action=click&contentCollection=opinion®ion=stream&module=stream_unit&version=latest&contentPlacement=4&pgtype=collection.


(15) Voir à cet effet la page de Donald Trump sur le site non-partisans Politifact : http://www.politifact.com/personalities/donald-trump/


(16) Rappelons toutefois qu’en 2000, le vice-président de Bill Clinton Al Gore passa bien près de remporter un troisième mandat présidentiel démocrate consécutif. Gore remporta une pluralité des suffrages au vote populaire, mais fut vaincu au Collège électoral 271-266.


(17) Voir à cet effet ce récent article du New York Times mené auprès des électeurs floridiens qui montraient qu’Hillary Clinton disposait d’une confortable avance auprès des électeurs les moins susceptibles de voter, tandis que Trump était en avance chez les électeurs qui votent fréquemment. - Nate Cohn, « White Voters Keep Trump’s Hopes Alive in Must-Win Florida », The New York Times, 19 septembre 2016. En ligne. http://www.nytimes.com/interactive/2016/09/19/upshot/florida-poll-clinton-trump.html?hp&action=click&pgtype=Homepage&clickSource=story-heading&module=first-column-region®ion=top-news&WT.nav=top-news.

 

(18) Brigitte Dusseau, « Hillary Clinton peine à séduire la génération Y », La Presse, 20 septembre 2016. En ligne, http://www.lapresse.ca/international/dossiers/maison-blanche-2016/201609/20/01-5022347-hillary-clinton-peine-a-seduire-la-generation-y.php.


(19) Ronald Brownstein, « After 2016 Election, Will Millennials Know How to Use Their New Power? », The Atlantic, 22 mai 2015. En ligne. http://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/05/after-2016-election-will-millennials-know-how-to-use-their-new-power/432054/.


 

 
   
   

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