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analyses
Les électeurs verront-ils dans Trump une imprévisibilité tolérable ou un risque inacceptable?
Frédérick Gagnon et Rafael Jacob, samedi 30 juillet 2016
  duel clinton trump  

Avec les conventions démocrate et républicaine maintenant derrière nous, une centaine de jours de campagne se dessinent entre Hillary Clinton et Donald Trump en vue du scrutin du 8 novembre. Un peu comme il l’avait fait durant les caucus et primaires du Parti républicain, Trump déjoue tous les pronostics et Clinton et lui sont au coude à coude dans les intentions de vote. Il faudra attendre quelques semaines avant de voir si les conventions ont aidé Trump et Clinton dans les sondages, mais la victoire est loin d’être acquise pour celle qui tente de devenir la première présidente de l’histoire du pays depuis bientôt dix ans.

 

Le changement… mais à quel prix ?

Un peu comme lors de son duel contre Bernie Sanders, Hillary Clinton affronte un candidat populiste en Donald Trump. Celui-ci mise sur le mécontentement général envers les élites du pays, notamment la classe politique de Washington. Et mécontentement il y a.

 

Le jour du scrutin en 2012, près d’un Américain sur deux (46 %) jugeait que le pays allait dans la bonne direction — et Barack Obama avait recueilli, sans surprise, les appuis de 93 % de ces électeurs. Or, selon le dernier sondage NBC/Wall Street Journal, c’est maintenant moins d’un électeur sur cinq (18 %) qui se dit satisfait de la direction prise par le pays.

 

Chacun à leur façon, Sanders et Trump ont attiré des foules de dizaines de milliers de personnes, frustrées et assoiffées de changement, aux quatre coins du pays depuis plus d’un an. Barack Obama achève son deuxième mandat, et on sait qu’à une seule occasion depuis le milieu du XXe siècle (en 1988) un parti politique est parvenu à remporter un troisième mandat consécutif à la Maison-Blanche. En même temps, le président Obama demeure relativement populaire à l’échelle du pays (son taux d’approbation oscillant depuis le printemps autour des 50 %, selon la firme Gallup), et la base du Parti démocrate lui demeure presque entièrement conquise et intensément loyale.

 

Dans un tel environnement, comment Hillary Clinton, politicienne de carrière à Washington depuis un quart de siècle et ex-membre du gouvernement Obama, peut-elle se positionner ? Les différents orateurs à la convention démocrate cette semaine ont semblé suggérer qu’il n’existe pas de réponse facile à cette question. L’ancien président Bill Clinton a martelé qu’Hillary est une « créatrice de changement ». Le lendemain, Obama la présentait au contraire comme une partisane de la continuité qui poursuivrait son héritage.

 

Une décision stratégique fondamentale dictera ainsi l’allure de la campagne : Hillary Clinton tentera-t-elle de convaincre les électeurs que Trump n’a aucune idée de la manière dont il entend réaliser les changements qu’il annonce ; qu’il est un « arnaqueur » ne pouvant remplir ses promesses, tel que l’a suggéré l’ancien maire de New York Michael Bloomberg cette semaine ? Ou essayera-t-elle plutôt de redorer encore davantage le blason de l’actuel gouvernement au pouvoir dans l’espoir d’atténuer le désir de changement des électeurs ?

 

Il y a un risque évident à trop vanter les mérites d’Obama et de son équipe : même si la popularité du président s’est accentuée au cours des derniers mois, un sondage NBC/Wall Street Journal illustre que la majorité des électeurs préfère un candidat du changement (56 %) à un candidat du statu quo (41 %). Il s’agit là de la principale force de Trump, dont le style irrévérencieux et décapant et les critiques acerbes à l’égard des démocrates (et de plusieurs républicains !) plaisent à ceux qui souhaitent faire subir un électrochoc à toute la classe politique.

 

Pour Clinton, la grande question reste donc de savoir jusqu’à quel point les électeurs — les indécis surtout — seront prêts à tolérer le phénomène Trump au cours des longues semaines de campagne à venir et à imaginer « The Donald » aux commandes du pays. Plus important encore, quelle est la tolérance au risque des électeurs alors que Trump serait l’un des commandants en chef les plus imprévisibles de l’histoire des États-Unis ? Les électeurs verront-ils dans Trump une imprévisibilité tolérable ou un risque inacceptable ?

 

Possible de discréditer Trump ?

Lors de la convention démocrate, Clinton et ses alliés ont appuyé sur les bons boutons pour convaincre que Trump est un risque inacceptable. Michelle Obama a touché une corde sensible en affirmant que le président doit être un modèle pour les enfants, et le président Obama a rappelé à quel point le travail de président est plus ardu que ce que Trump semble croire. Hillary Clinton a soulevé le doute sur le sens de la diplomatie de Trump, notant qu’il perd son sang-froid dès qu’une personne s’oppose à lui sur Twitter.

 

Le problème est que les critiques envers Trump — nombreuses pendant les primaires républicaines — ne semblent jamais causer sa dégringolade. Elles renforcent même l’un de ses principaux atouts, qui consiste à dire que les États-Unis ont enfin besoin d’un novice en politique à la Maison-Blanche.

 

Clinton et ses conseillers devront donc mener l’une des campagnes électorales les plus déroutantes de l’histoire. À l’heure où Trump carbure aux déclarations-chocs (il invitait récemment la Russie à espionner son propre pays), il sera impossible pour Clinton de tout prévoir alors qu’elle nous a généralement habitués à des stratégies électorales prudentes et bien calculées, même si un peu mécaniques — tout le contraire de ce que lui servira son adversaire. C’est d’ailleurs ce style si peu orthodoxe de Trump qui rend les résultats des récents sondages si inquiétants pour Clinton. En effet, être au coude à coude avec un candidat qui ne respecte pas le mode d’emploi des campagnes électorales traditionnelles augmente le risque de dérapages soudains, qui pourraient même se produire dans la dernière ligne droite de l’élection et en sceller l’issue in extremis si la course reste aussi serrée jusqu’au 8 novembre.

 

* Texte paru dans Le Devoir

 

 
   
   

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