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analyses
Républicains et Démocrates :
« La Grande Zizanie »
Maxime Minne, lundi 25 juillet 2016
gop convention    Ted Cruz a voulu tenter le tout pour le tout mercredi dernier à la convention nationale du Parti Républicain. Après le refus du gouverneur de l’Ohio John Kasich de soutenir Donald Trump, c’était au tour du sénateur du Texas d’appeler les membres de son parti à voter « selon leur conscience». Surprise de taille durant cette convention qui devait être une simple formalité pour le désormais candidat officiel du Parti Républicain et qui a finalement mis au jour des fractures en son sein.  

Une convention sous tension

Dès le premier jour de la convention, lundi 18 juillet, les républicains opposés à Trump appelant à la contestation de sa candidature n’ont pas obtenu gain de cause pour la demande de recomptage des voix, détruisant toute possibilité de s’opposer à l’officialisation de la candidature de Donald Trump. C’est donc une convention sous tension à laquelle nous avons eu droit.

 

Nul doute que la surprise de taille fut le discours du sénateur du Texas et ancien candidat à l’investiture républicaine, Ted Cruz. Toutefois, il faut souligner qu’avec John Kasich et Rick Perry, ancien gouverneur du Texas, le sénateur texan n’est pas le premier à ne pas apporter son plein soutien à la candidature de Trump – et il ne sera pas le dernier. Toutefois, son ultime chance de marquer les esprits et de s’opposer, « une dernière fois », à son virulent opposant, fut l’un des moments marquants des activités prévues à l’aréna de Cleveland. L’avant-dernière journée de convention a clairement été éclipsée par le discours de Ted Cruz[1].

 

Son « sermon » révèle la fragilité du consensus autour de la candidature officielle de Donald Trump, mais soulève aussi les fractures au sein du Parti Républicain. Paul Ryan, Speaker de la Chambre des Représentants, voit pourtant, dans les tensions au sein du GOP, des « signes de vie » et d’une certaine manière, de bonne santé. Cependant, il est clair que l’unité n’arrive pas à se créer autour de la candidature de Donald Trump, plusieurs leaders du parti refusant d’appuyer ce dernier sans réserve[2].

 

Les mesures de Donald Trump ne semblent pas satisfaire tous les républicains. Par exemple, la question de l’immigration est loin de faire consensus chez les leaders du GOP ainsi qu’au sein même de l’électorat[3]. La volonté de Paul Ryan de mettre de l’avant son propre agenda et non celui de Trump illustre ce malaise[4].

 

Ted Cruz, de son côté, pourtant grand admirateur de Ronald Reagan, n’a pas, semble-t-il, retenu la leçon de son idole. En 1976, alors gouverneur de Californie, Reagan s’était présenté comme candidat à l’investiture pour le parti républicain, contre le Président sortant Gerald Ford. D’intenses débats eurent lieu entre les deux hommes au cours de la course à la primaire, parfois virulents, notamment après le scandale du Watergate sous Richard Nixon, et le pardon octroyé à ce dernier par son successeur. Le parti républicain alors en panne de leadership se retrouvait face à une convention de contestation où finalement Reagan s’inclina face au Président sortant et fut invité à prendre la parole pour soutenir la candidature de Ford.

 

Visiblement, Cruz n’a pas su prendre exemple sur Reagan et se retrouve propulsé à la tête d’une contestation au sein de son propre parti. Le seul symbole d’unification et de consensus reste autour de l’opposition à Hillary Clinton et la volonté pour chaque intervenant, y compris Cruz, de faire battre la candidate présumée du Parti démocrate.

 

Les débuts boiteux de la campagne républicaine

Même si le discours de Cruz a été mal accueilli par les membres du parti républicain, il faut prendre en considération que la campagne républicaine démarre sous de mauvais augures. Si Chris Christie, gouverneur du New Jersey et ancien candidat à l’investiture républicaine fustigeait que : « Every Republican who is not working for Trump is working for Clinton[5]», il faut admettre qu’il en faudra plus pour rétablir l’équilibre au sein du parti et maintenir un « semblant d’unité » en son sein. Pour l’heure, une telle mésentente dans la famille républicaine pousse les leaders, comme Paul Ryan, à jouer le rôle de « pompier en chef » et à essayer de colmater les brèches, déjà bien visibles, d’un parti chavirant et perdant le cap.

 

La Convention Républicaine permettrait-elle de renforcer les Démocrates ?

Une telle dérive aurait pu faire le jeu du Parti Démocrate. De ce côté, l’alliance entre Bernie Sanders et Hillary Clinton ne s’est faite que trop longuement attendre. Tout au long de la campagne pour les primaires, le sénateur du Vermont n’a cessé de démontrer de grandes capacités à rassembler un électorat, notamment jeune, qui « boudait » la candidature de l’ancienne Secrétaire d’État, et à construire un mouvement politique qui dépassait de loin les frontières partisanes.


Si le rassemblement autour de la candidature s’est effectué, en grande partie, pour faire battre le candidat républicain, Bernie Sanders n’a pas aussi facilement dévié de son objectif d’apporter un profond changement au sein du Parti Démocrate.


Cependant, si la proposition de couper dans le système des « super délégué-es » et de refondre celui des caucus a été approuvée par le Democratic Rules Committee[6], il en fut tout autrement, lorsque le Comité National Démocrate refusa la proposition du sénateur Sanders en rejetant cette dernière par 108 voix contre 58[7]. Toutefois, ce n’est pas tant sur ce point que la désunion s’effectua puisque les soutiens d’Hillary Clinton et de Bernie Sanders se sont entendus pour changer en profondeur le système si décrié durant les primaires et ainsi maintenir l’unité au sein du parti.

 

La pré-convention et le premier jour de la convention nationale démocrate ont débuté de manière chaotique, notamment après la révélation des emails de Debbie Wasserman Schultz -préférant comme d’autres leaders démocrates, la candidature d’Hillary Clinton à celle de Bernie Sanders- et l’annonce de sa démission, après avoir été vivement critiquée par les soutiens du sénateur du Vermont[8].

 

Les deux camps se retrouvent dans une position chaotique. Si la sortie de Ted Cruz aurait pu permettre au Parti Démocrate de dévoiler un tout autre visage, les « noces d’union » entre les deux camps démocrates seront peut-être plus éphémères que prévu.

 


[1] David A. Graham, « Ted Cruz Steals the Show », The Atlantic. En ligne : http://www.theatlantic.com/politics/archive/2016/07/live-coverage-of-the-republican-national-convention-day-3/492143/ 

[2] Nick Gass «Paul Ryan: Divided GOP a better bet than 'politically correct' Dems » Politico. En ligne : http://www.politico.com/story/2016/07/rnc-2016-paul-ryan-225848 

[3] Andréanne Bissonnette : « le Discours virulent de Donald Trump sur l’immigration est loin de faire l’unanimité » Relations, no 785, août 2016.

[4] Annie Dickerson, Déléguée républicaine de New York à la convention républicaine citée dans l’article de Ginger Gibson et Emily Stephenson : « Behind the scenes, Ryan touts his agenda in Cleveland, not Trump’s », Reuters. Accessible en ligne : http://www.reuters.com/article/us-usa-election-ryan-idUSKCN10019Z

[5] Chris Christie cité dans l’article de David Sherfinki, « Chris Christie : Every Republican who’s not working for Donald Trump is working for Hillary Clinton », The Washington Times. Accessible en Ligne : http://www.washingtontimes.com/news/2016/jul/20/chris-christie-every-republican-whos-not-working-d/

[6] Voir l’article de Evelyn Rupert : « Democrats vote to overhaul superdelegates system » The Hill, 23 juillet 2016. Accessible en ligne : http://thehill.com/blogs/blog-briefing-room/news/288989-democrats-vote-to-reform-super-delegate-system

[7] Voir l’article de Maryalice Parks: « DNC Rules Committee Passes ‘unity’ Resolution Calling Commission on Super Delegates and Caucuses », ABC News, 23 Juillet 2016. Accessible en Ligne : http://abcnews.go.com/Politics/dnc-rules-committee-passes-unity-resolution-calling-commission/story?id=40827997

[8] Voir l’article de Burgess Everett et Seung Min Kim : « Democrats in chaos as convention opens. Party leaders to calm Sanders’ supporters after emails suggest the DNC chair was un Clinton’s corner », Politico, 25 Juillet 2016. Accessible en ligne : http://www.politico.com/story/2016/07/democratic-convention-monday-226099

 

 
   
   

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