Bannière Template Élections américaines 2016
analyses
CHOISIR LE VICE-PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS : UNE TÂCHE DE PLUS EN PLUS ARDUE
Par Karine Prémont, 15 août 2012
81267213 La vice-présidence est comme le dernier biscuit dans une assiette : chacun insiste pour dire qu’il n’en veut pas, mais quelqu’un finira bien par le prendre.


Bill Vaughan, journaliste, Kansas City Star




La vice-présidence américaine, longtemps perçue comme étant « la fonction la plus insignifiante jamais conçue par l’esprit humain[1] », est fréquemment l’objet de raillerie, même par les tenants du poste, les fonctions originellement attribuées étant effectivement peu intéressantes et ne nécessitant aucun talent particulier[2]. De plus, puisque c’est le président qui détermine les principales activités du vice-président, la contribution de celui-ci à la politique américaine est largement tributaire de la volonté du chef de l’exécutif. Ainsi, la vice-présidence « est ce que le président veut bien en faire[3] ». C’est donc une institution beaucoup moins personnalisée que la présidence, ce qui explique que le travail des vice-présidents reste le plus souvent dans l’ombre.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, toutefois, on observe des changements profonds quant à la fonction même de la vice-présidence mais également quant à la qualité de ses occupants. Ainsi, plusieurs vice-présidents contemporains ont été au cœur du processus décisionnel ou ont mené des actions tout à fait centrales : depuis la vice-présidence de Richard Nixon, sous Dwight Eisenhower (1953-1961), le poste a cessé d’être envisagé comme une fin de carrière et est plutôt devenu une rampe de lancement, un tremplin vers la présidence[4]. D’autres vice-présidents, notamment Walter Mondale, participant actif au sein de l’administration Carter, Al Gore, artisan de la réforme gouvernementale sous Clinton, ou encore Dick Cheney, maître à penser de la politique étrangère de George W. Bush, ont largement contribué à donner du prestige à la vice-présidence. Une des raisons qui expliquent ce changement de perception à l’égard de la vice-présidence est la plus grande qualité des tenants du poste, résultat de choix plus rigoureux de la part des candidats présidentiels : la mort de Franklin D. Roosevelt (1945), les ennuis de santé d’Eisenhower (1955) et l’assassinat de John F. Kennedy (1963) ont clairement démontrer l’importance cruciale de ce choix.



L’évolution des méthodes de sélection du vice-président



À l’origine, la personne qui obtenait le deuxième plus grand nombre de votes lors de l’élection présidentielle devenait vice-président, ce qui donnait lieu à des tensions souvent insurmontables entre les deux anciens rivaux[5]. Avec l’adoption du 12e Amendement à la Constitution, en 1804, le choix du président et du vice-président s’effectuait dorénavant séparément. Avec la croissance des partis politiques, toutefois, la vice-présidence est rapidement devenu un enjeu de négociation et il est apparu que la qualité des vice-présidents diminuait sensiblement, la vice-présidence devenant alors une récompense pour des politiciens souvent âgés mais réputés pour leur loyauté[6]. Pendant des décennies, le choix du vice-président revenait aux délégués de la convention nationale des partis politiques, suite à la sélection du candidat présidentiel. Ainsi, le dernier candidat présidentiel qui n’a pas choisi son vice-président est le démocrate Adlai Stevenson, en 1956, la convention ayant élu Estes Kefauver comme colistier[7]. Depuis, le choix du colistier revient au candidat présidentiel lui-même, assisté d’un comité de sélection restreint et conseillé par les figures importantes du parti politique. L’adoption du 25e Amendement à la Constitution (1967), en faisant du vice-président le successeur désigné du président en cas d’incapacité, de démission ou de décès, souligne le fait que la sélection du vice-président est une décision importante, non seulement pour la campagne et l’élection à venir, mais surtout pour la gouvernance du pays. En raison de cette possible succession, mais surtout parce que les tâches qui incombent dorénavant au vice-président sont beaucoup plus substantielles que ce que prévoit la Constitution, le candidat ou la candidate (bien que seulement deux femmes aient été candidates jusqu’à présent[8]) doit maintenant posséder des qualités professionnelles est personnelles plus solides – et visibles pour les électeurs et pour les médias.



Depuis les années 1960



La plus grande crédibilité et la visibilité croissante de la vice-présidence forcent un choix réfléchi de la part des candidats présidentiels. Ce choix s’effectue par l’établissement de ce que l’on pourrait appeler un cadre d’acceptabilité, à l’intérieur duquel les éventuels candidats vice-présidentiels doivent se trouver. Ce cadre est déterminé d’une part par des critères sociodémographiques et d’autre part, par des critères purement électoralistes. L’objectif principal est, bien entendu, de présenter aux électeurs un ticket équilibré qui maximisera les chances d’être élu[9] ou, à tout le moins, qui n’affaiblira pas le candidat présidentiel[10].



Critères sociodémographiques



Les critères les plus importants pour le choix d’un vice-président sont sans contredit les facteurs sociodémographiques. Un bon colistier doit idéalement provenir d’une région différente du candidat présidentiel : par exemple, si celui-ci est issu d’un État du sud des États-Unis, il y a de fortes chances que son colistier vienne du nord, ou l’inverse. On peut penser notamment à Lyndon B. Johnson (Texas), colistier de Kennedy (Massachusetts) en 1960, à Mondale (Minnesota), colistier de Jimmy Carter (Georgie) en 1976, ou encore à Cheney (Wyoming), colistier de Bush (Texas) en 2000. Il est à noter que la plupart des tickets présidentiels sont géographiquement équilibrés.



Les candidats présidentiels peuvent également souhaiter un colistier qui va permettre de ratisser plus large en termes idéologiques. Ainsi, si un candidat présidentiel est considéré comme un modéré, il pourrait être tenté de choisir un vice-président plus radical ou qui a des vues plus tranchées sur certains enjeux importants. De même, si un candidat présidentiel est perçu comme un pur et dur, il pourrait être avisé de s’adjoindre une personne plus modérée. C’est ainsi, par exemple, qu’Eisenhower a choisi Nixon en 1952, que Ronald Reagan a sélectionné George H. Bush en 1980 et que John Kerry a nommé John Edwards en 2004.



L’expérience est un troisième critère sociodémographique qui pèse dans le choix d’un colistier. Les candidats à la présidence veulent trouver un colistier dont les talents professionnels et l’expertise complètent les leurs : un candidat présidentiel qui ne connaît pas bien les rouages du Congrès peut trouver bien des avantages à avoir un colistier issu de la Chambre des représentants ou du Sénat, comme ce fut le cas du choix de Hubert Humphrey par Johnson en 1964, ou encore de Gore par Clinton en 1992. De même, on peut penser qu’un candidat présidentiel qui a de l’expérience en politique étrangère souhaite nommer un colistier qui en a en politique intérieure, ou le contraire : c’est ainsi que Nixon a choisi Spiro Agnew en 1968 et que Barack Obama a nommé Joe Biden en 2008. À cet égard, le ticket Romney/Ryan de 2012 est particulier, puisqu’aucun des deux hommes n’a d’expérience en matière de politique étrangère ou internationale. Il faut dire que les circonstances exceptionnelles de l’économie américaine a probablement forcé le choix d’un spécialiste économique comme colistier.



Finalement, un candidat à la vice-présidence peut être choisi en raison de son âge : un candidat présidentiel jugé trop vieux, comme Reagan ou comme John McCain, ou encore dont les problèmes de santé sont notoires, comme Roosevelt ou Eisenhower, peuvent être poussés à choisir des colistiers plus jeunes et en meilleure santé. À l’opposé, des candidats présidentiels considérés comme trop jeunes (ou pas assez expérimentés), comme Kennedy ou Obama, se tournent souvent vers des colistiers plus âgés.



Comme le démontre le tableau 1, tous ces critères sont souvent pris en compte simultanément dans le choix d’un colistier puisque le but est de maximiser les chances d’être élu : plus il y a de critères qui sont présents, plus le ticket semble équilibré. Ce n’est toutefois pas un gage de succès : un ticket bien équilibré, comme l’étaient ceux de Carter/Mondale en 1980 et de Gore/ Lieberman en 2000, n’a pas permis aux candidats d’obtenir la victoire escomptée. Il faut aussi noter que depuis quelques années, de nouveaux critères sociodémographiques sont pris en considération quand vient le moment de choisir un colistier : le sexe (McCain a choisi Sarah Palin en partie pour contrer Hillary Clinton en 2008), la religion (le mormon Mitt Romney a choisi le catholique Paul Ryan en 2012) et l’origine ethnique (les hispanophones représentant une part croissante des électeurs, les candidats à la présidence souhaitent de plus en plus courtiser cet électorat et ce faisant, songent à un colistier d’origine hispanique ou une personne qui est connue et respectée par cette communauté[11]).



Tableau 1 – L’importance des critères sociodémographiques dans le choix du colistier depuis 1952*

Année Parti politique et ticket Géographie Idéologie Expérience Âge
1952 D :   Stevenson/Sparkman x - x -
R :   Eisenhower/Nixon x x x x
1956 D :   Stevenson/Kefauver x x - -
R :   Eisenhower/Nixon x - x x
1960 D :   Kennedy/Johnson x x x x
R :   Nixon/Lodge x - x -
1964 D :   Johnson/Humphrey x - x -
R :   Goldwater/Miller x - - -
1968 D :   Humphrey/Muskie x - - -
R :   Nixon/Agnew x - - -
1972 D :   McGovern/Shriver x - - -
R :   Nixon/Agnew x - - -
1976 D : Carter/Mondale x x x -
R : Ford/Dole - - x -
1980 D : Carter/Mondale x x x -
R : Reagan/Bush x x x x
1984 D :   Mondale/Ferraro - - - -
R :   Reagan/Bush x x x x
1988 D :   Dukakis/Bentsen x - x x
R :   Bush/Quayle x x - x
1992 D :   Clinton/Gore - - x -
R :   Bush/Quayle x x - x
1996 D : Clinton/Gore - - x -
R : Dole/Kemp x x - x
2000 D :   Gore/Lieberman x x x -
R :   Bush/Cheney x - x x
2004 D :   Kerry/Edwards x x - -
R :   Bush/Cheney x - x x
2008 D : Obama/Biden x - x x
R : McCain/Palin - x - x
2012 D :   Obama/Biden x - x x
R :   Romney/Ryan - x - -



* Sont exclus de ce tableau les vice-présidents non élus, tels que Gerald Ford (nommé en 1974 suite à la démission de Spiro Agnew) et Nelson Rockefeller (nommé en 1974 suite à l’accession à la présidence de Gerald Ford) ni les candidats indépendants ou de tiers partis. Il est à noter que les données servent à souligner les critères les plus fréquemment cités ou jugés comme les plus importants par les spécialistes pour justifier le choix d’un colistier. Source des données sur les tickets de 1952 à 1980 inclusivement : Joel K. Goldstein (1982). The Modern American Vice Presidency: The Transformation of a Political Institution, Princeton, Princeton University Press, p. 69. Compilation de l’auteure pour les données sur les tickets de 1984 à 2012 inclusivement.



Certains candidats présidentiels se démarquent des modèles habituels. On peut constater que Clinton a choisi un colistier qui lui ressemblait beaucoup : tous les deux représentaient des États du sud et avaient à peu près le même âge, partageaient des idées et des valeurs très semblables et, bien qu’ayant une expérience politique différente (Clinton était gouverneur de l’Arkansas, alors que Gore était membre du Sénat), ils étaient impliqués en politique active depuis le même nombre d’années. Ce genre de ticket est plutôt rare et peut s’expliquer notamment parce que Clinton misait surtout sur ses différences avec son adversaire républicain, George H. Bush, mais aussi parce qu’il considérait qu’une bonne relation personnelle avec son colistier était essentielle pour accomplir du bon travail[12].



Critères électoralistes



En plus des critères sociodémographiques, qui permettent de sélectionner une personne qui va rejoindre des électeurs qui sont moins sensibles à l’aspirant à la présidence, des critères électoralistes doivent également être intégrés au cadre d’acceptabilité des candidats à la vice-présidence. C’est à ce moment que les discussions avec l’entourage du candidat présidentiel et les membres influents du parti politique vont se multiplier et donner lieu à des choix stratégiques plutôt que personnels. En effet, s’il semble qu’une relation amicale ou au moins respectueuse entre les candidats présidentiel et vice-présidentiel soit un meilleur gage de succès, il n’est pas rare que les deux personnes se connaissent à peine lorsqu’elles sont officiellement présentées comme le ticket d’un parti.



C’est ainsi qu’il arrive régulièrement que le colistier soit un ancien rival lors des primaires : on peut offrir le poste de vice-président à quelqu’un qui est lui-même « présidentiable » dans le but de renforcer le ticket. Cela sert également à augmenter le nombre de votes ou de Grands électeurs qui pencheront en notre faveur lors de l’élection. Les exemples de ce genre de décisions sont légions : Kefauver avait fait la lutte à Stevenson, Johnson avait été un critique acharné de Kennedy lors des primaires démocrates de 1960, tout comme Bush l’avait été des politiques économiques de Reagan lors des primaires républicaines de 1980. Plus récemment, Kerry et Edwards, de même qu’Obama et Biden, se sont également affrontés lors des primaires démocrates, les premiers en 2004 et les seconds en 2008.



Souvent, ce choix d’un ancien rival comme colistier peut avoir été fait pour unifier un parti politique déchiré suite à des primaires mouvementées, ou encore fractionné suite à des années de pouvoir – ou, au contraire, depuis longtemps éloigné du pouvoir[13]. C’était là l’un des objectifs qu’espérait atteindre Humphrey en choisissant Ed Muskie en 1968, Gerald Ford en offrant le poste à Bob Dole en 1976, Reagan en sélectionnant Bush, et Romney en nommant Ryan comme colistier.



Un dernier critère électoraliste important est celui des enjeux. Lorsqu’un candidat présidentiel choisi un colistier, il peut décider de le faire en nommant une personne connu pour son travail dans un domaine particulier ou expert d’un dossier précis. C’est ce qu’a fait Eisenhower en nommant Nixon, qui était alors reconnu comme un anticommuniste farouche à l’époque où c’était probablement la qualité politique la plus recherchée. Nixon a fait de même en sélectionnant Agnew quelques années plus tard : celui-ci était considéré comme le plus fervent défenseur de la loi et l’ordre, alors que les protestations contre la guerre du Vietnam et les mouvements étudiants provoquaient des émeutes et de l’instabilité sociale partout au pays[14]. On peut également penser qu’Obama a choisi Biden comme colistier en raison de sa grande expérience des questions de politique étrangère, notamment de la guerre en Irak, enjeu important de la campagne électorale.



Le tableau 2 illustre l’importance des critères électoralistes dans le choix d’un colistier depuis les élections de 1952. Ces critères doivent être ajoutés aux facteurs sociodémographiques si on veut avoir un portrait plus précis de la sélection des candidats vice-présidentiels.



Tableau 2 – L’importance des critères électoralistes dans le choix du colistier depuis 1952*

Année Parti politique et ticket Résultats des primaires unification du parti Enjeux
1952 D :   Stevenson/Sparkman - - -
R :   Eisenhower/Nixon - - x
1956 D :   Stevenson/Kefauver x x -
R :   Eisenhower/Nixon - - x
1960 D :   Kennedy/Johnson x x -
R :   Nixon/Lodge - - -
1964 D :   Johnson/Humphrey - x x
R :   Goldwater/Miller - - -
1968 D :   Humphrey/Muskie - x -
R :   Nixon/Agnew - - x
1972 D :   McGovern/Shriver - - -
R :   Nixon/Agnew - - x
1976 D : Carter/Mondale - - -
R : Ford/Dole - x -
1980 D : Carter/Mondale - - x
R : Reagan/Bush x x -
1984 D :   Mondale/Ferraro - - -
R :   Reagan/Bush - x -
1988 D :   Dukakis/Bentsen - - -
R :   Bush/Quayle - - -
1992 D :   Clinton/Gore - - x
R :   Bush/Quayle - - -
1996 D : Clinton/Gore - - -
R : Dole/Kemp - - -
2000 D :   Gore/Lieberman x - -
R :   Bush/Cheney - - -
2004 D :   Kerry/Edwards x - -
R :   Bush/Cheney x - -
2008 D : Obama/Biden - - -
R : McCain/Palin x - x
2012 D :   Obama/Biden - - -
R :   Romney/Ryan - x -

* Sont exclus de ce tableau les vice-présidents non élus, tels que Gerald Ford (nommé en 1974 suite à la démission de Spiro Agnew) et Nelson Rockefeller (nommé en 1974 suite à l’accession à la présidence de Gerald Ford) ni les candidats indépendants ou de tiers partis. Il est à noter que les données servent à souligner les critères les plus fréquemment cités ou jugés comme les plus importants par les spécialistes pour justifier le choix d’un colistier. Selon une compilation de l’auteure.



Les vice-présidents en campagne électorale : que font-ils ?



L’image des politiciens prend une place de plus en plus grande dans le choix des colistiers. On peut penser à Agnew, qui était très à l’aise en public et devant les journalistes[15], ou encore à Dan Quayle et Sarah Palin qui, eux, ont commis de nombreuses bourdes devant les journalistes et ont grandement nuit à leur chef : Bush n’a pas été réélu en 1992 et McCain a perdu en 2008 en bonne partie à cause du choix de Palin[16]. Il faut donc utiliser le colistier de façon judicieuse pendant la campagne électorale. Comme le choix du vice-président se fait, depuis quelques années, quelques semaines avant la convention nationale du parti (qui se tient entre la fin d’août et le début de septembre) , le colistier participe pleinement à la campagne. Alors que Clinton avait souhaité que Gore l’accompagne presque partout, la plupart des candidats présidentiels vont préférer partager le travail de terrain avec leur colistier, en particulier si le candidat présidentiel est le président en exercice. Ainsi, si le ticket se présente quelquefois au même endroit pour rallier les troupes et consolider ses appuis dans les États-pivots, ils font la plupart du temps campagne séparément. Le candidat à la vice-présidence doit donc être un bon orateur, puisqu’il devra faire de nombreux discours, et être en mesure d’amener de l’argent à la campagne en présidant des levées de fonds et en attirant de nouveaux donateurs.



L’activité durant laquelle le colistier a une bonne chance de se faire connaître est évidemment le débat télévisé, qui se tient en octobre, quelques semaines avant l’élection présidentielle. Alors que les candidats à la présidence débattent trois fois, les candidats à la vice-présidence ne le font qu’une seule fois[17]. Si ce débat peut donner lieu à des échanges cocasses ou embarrassants, c’est souvent là que les électeurs peuvent constater à quel point les candidats sont prêts à assurer la succession du président en cas de besoin et dans quelle mesure ils pourront l’assister dans la gestion des affaires de l’État.



Conclusion



Le choix d’un vice-président n’est pas une tâche facile : des facteurs internes et externes entrent en ligne de compte, réduisant d’autant le cadre d’acceptabilité des candidats potentiels, alors que la pression est forte, de la part des médias, des spécialistes et du parti politique, pour trouver un colistier « parfait ». Cela est d’autant plus difficile que le boulot est ingrat : faire ce que le président nous demande de faire – ce qui veut souvent dire prendre les coups à sa place et assister à des événements peu importants en termes politiques. Ingrat, certes, mais fondamental : le vice-président est dorénavant appelé à conseiller et à influencer le président plutôt qu’à faire figure de potiche aux cérémonies officielles, et il peut être amené à le remplacer en cas de catastrophe. Pour éviter la répétition du cas Truman – qui est devenu président en avril 1945, tout à fait ignorant des discussions entreprises par Roosevelt avec Staline et Churchill à Yalta, et tout aussi ignorant de l’existence de bombes atomiques –, les candidats présidentiels contemporains mettent plus de soin à choisir leur colistier. Cependant, la difficulté réside dans le manque de temps : quand les primaires sont serrées, le candidat présidentiel n’a pas eu l’occasion de penser sérieusement au choix d’un colistier et encore moins d’ « enquêter sur d’éventuels squelettes dans son placard politique ou personnel[18] ». C’est après avoir nommé Thomas Eagleton, en 1972, que George McGovern a compris l’importance de choisir rigoureusement son colistier : il s’est avéré qu’Eagleton avait déjà subi des électrochocs et était sujet à des dépressions qui pouvaient nuire à son travail, surtout advenant le cas où il aurait à prendre la succession présidentielle. Eagleton s’est retiré de la course et a été remplacé tout aussi rapidement par Sargent Shriver. Mais le mal était fait : McGovern ne s’est pas remis de ce mauvais choix[19].

En somme, si le choix d’un colistier n’est pas suffisant, à lui seul, pour faire gagner une élection présidentielle, la prudence et la patience sont néanmoins de mises lorsque vient le temps de sélectionner un candidat à la vice-présidence : l’histoire nous démontre qu’un mauvais choix peut assurément faire perdre la Maison-Blanche à un candidat présidentiel.

Pour en savoir plus sur la sélection et le travail des vice-présidents, voir aussi :

Hiller, Mark et Douglas Kriner (2008). « Institutional Change and the Dynamics of Vice Presidential Selection », Presidential Studies Quarterly, vol. 38, no 3 (septembre), p. 401-421.

Lechelt, Jack (2009). The Vice Presidency in Foreign Policy: From Mondale to Cheney, El Paso, LFB Scholarly Publishing.

Light, Paul C. (1983). Vice Presidential Power: Advice and Influence in the White House, Maryland, John Hopkins University Press.

Mayer, William G. (2000). « A Brief History of Vice Presidential Selection », dans William G. Mayer (dir.), In Pursuit of the White House 2000: How We Choose Our Presidential Nominees, New York, Seven Bridges Press, p. 313-374.

Prémont, Karine (2008). « La vice-présidence américaine contemporaine : une école pour la présidence ? », Revue canadienne de science politique/Canadian Journal of Political Science, vol. 41, no 4 (décembre), p. 953-972.

VicePresidents.com, [http://www.vicepresidents.com/]

Witcover, Jules (1992). Crapshoot: Rolling the Dice on the Vice Presidency, New York, Crown Publishing.

Young, Donald (1974). American Roulette: The History and Dilemma of the Vice Presidency, 2e édition, Viking.

[1] John Adams, premier vice-président des États-Unis (1789-1797), cité dans Timothy Walch (1997). « Introduction », dans Timothy Walch (dir.), At the President’s Side: The Vice-Presidency in the Twentieth Century, Columbia, University of Missouri Press, p. 1. Toutes les citations ont été traduites par l’auteure.

[2] La Constitution prévoit que la principale tâche du vice-président est de présider le Sénat et de briser un vote à égalité, et de succéder au président en cas d’incapacité, de décès ou de démission.

[3] Michael J. Medina (1990). « The American Vice Presidency: Toward a More Utilized Institution », George Mason University Law Review, vol. 13, no 1 (automne), p. 96.

[4] Timothy Walch, op. cit., p. 4.

[5] Thomas E. Cronin et Michael A. Genovese (2010). « The American Vice Presidency », dans The Paradoxes of the American Presidency, 3e édition, New York, Oxford University Press, p. 210.

[6] Marie D. Natoli (2009). American Prince, American Pauper: The Contemporary Vice Presidency and Presidential Relations, 2e édition, Bloomington, Trafford Publishing, p. 39.

[7] Ce qui ne veut pas dire que certains candidats présidentiels avant Stevenson ne choisissait pas leur vice-président : Roosevelt a été l’un des premiers à le faire. Barbara Silberdick Feinberg (1996). Next in Line: The American Vice Presidency, New York, Franklin Watts, p. 45.

[8] Il s’agit de Geraldine Ferraro, colistière du démocrate Walter Mondale en 1984, et de Sarah Palin, colistière du républicain John McCain en 2008.

[9] Claude Corbo (2007). « La présidence », dans Les États-Unis d’Amérique : Les institutions politiques, p. 335.

[10] Thomas E. Cronin et Michael A. Genovese, op. cit., p. 225.

[11] Par exemple, le nom du démocrate Bill Richardson (alors gouverneur du Nouveau-Mexique) avait circulé en 2008, alors que celui du républicain Mark Rubio (sénateur de la Floride) a fait de même en 2012.

[12] Barbara Silberdick Feinberg, op.cit., p. 60.

[13] Barbara Silberdick Feinberg, op.cit., p. 46.

[14] Marie D. Natoli, op. cit., p. 29.

[15] John Robert Greene (1997). « I’ll Continue to Speak Out: Spiro T. Agnew as Vice President », dans Timothy Walch (dir.), op. cit., p. 126.

[16] À ce sujet, voir notamment John Heilemann et Mark Halperin (2010). Game Change: Obama and the Clintons, McCain and Palin, and the Race of a Lifetime, New York, HarperCollins.

[17] Cette année, le débat vice-présidentiel se tiendra le 11 octobre 2012, au Centre College de Danville, au Kentucky. Pour plus de détails sur le format et les règles des débats, voir le site de la Commission on Presidential Debates, [http://www.debates.org/].

[18] Barbara Silberdick Feinberg, op.cit., p. 48.

[19] Ibid., p. 48.




 

consultez la liste complete