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Marco Rubio : Bilan de la campagne d'une ex-star montante*
Véronique Pronovost, Mardi 29 mars 2016
rubioMarco Rubio, lors de son bref passage à Melbourne (Floride) la veille de la primaire floridienne. Il s'agit d'un événement en marge des rallyes officiels habituels qui avait été annoncé une journée en avance seulement. Entre 150 et 200 personnes étaient présentes sur les lieux. (Photo : Véronique Pronovost)  
Marco Rubio a été élu au Congrès pour la première fois en 2010, à titre de sénateur de la Floride. Il a notamment été élu grâce à son discours anti-establishment; Rubio étant considéré par plusieurs comme le premier sénateur issu du mouvement populaire du Tea Party. À l'époque, il incarnait l'outsider, le contestataire qui allait faire bouger les choses à Washington. Trois mois après son élection, 61% des Floridiens avaient une opinion favorable vis-à-vis du travail effectué par le nouveau sénateur. Chez les Républicains, ce taux grimpait à 83%[1]. Au cours des dernières années, Rubio a aussi été identifié comme étant l'une des étoiles montantes du parti républicain. Il représentait un candidat sérieux à l'investiture du parti et à la présidence des États-Unis[2]. Que s'est-il passé depuis 2010? Comment et pourquoi Rubio a-t-il perdu la primaire de son État d'origine, la Floride? Voici quelques pistes de réflexion.
 

 

Une entreprise de décrédibilisation

Tout d'abord, il semble que la course aux primaires ait engendré un changement de perception relativement au bilan de Rubio à titre de sénateur, qui a fortement joué en sa défaveur. Tout au long de son mandat au Sénat, son taux d'approbation a connu de nombreuses fluctuations. Toutefois, il est toujours demeuré positif; c'est-à-dire que son pourcentage d'approbation est demeuré supérieur à son pourcentage de désapprobation. C'est à partir de septembre 2015, soit quelques mois après avoir annoncé sa candidature à l'investiture républicaine, que la popularité du sénateur s'est mise à décliner. Entre septembre 2015 et février 2016, quelques semaines avant d'annoncer son retrait de la course, Rubio a perdu près de 10% d'approbation[3]. C'est donc dire que l'opinion des Floridiens a été influencée par les discours véhiculés au cours de la campagne.


En mars 2016, lorsque nous avons questionné quelques électeurs du comté de Brevard, la plupart affirmait que Rubio n'avait à peu près rien accompli à titre de sénateur au cours des six années précédentes. La plupart ont aussi employé (à une ou plusieurs reprises) le surnom utilisé par Donald Trump à l'égard de Marco Rubio, "Lil Marco"[4]. Cela démontre que la rhétorique employée par le clan de Donald Trump à travers ses discours et ses publicités négatives a rejoint une partie de la population. Les publicités télévisées de Trump[5] ont dépeint Rubio comme un sénateur incompétent manquant d'éthique. Elles ont véhiculé l'image d'un sénateur frauduleux, absent de manière répétée lors des votes, trop jeune, manquant d'expérience et présentant un bilan léger.
L'entreprise de décrédibilisation intentée par Trump à l'égard de son principal rival dans l'État de la Floride semble avoir donné certains résultats si l'on se fie à l'écart de perception et de satisfaction des électeurs pendant son mandat et pendant la campagne.

 

L’immigration : Rubio ne fait pas le poids
Donald Trump a fait de l’immigration un enjeu incontournable au cours des derniers mois au sein des États du Sud. Profitant de la peur et de la colère de la population (tout comme l’avait fait le Tea Party en 2010), Donald Trump s’est rapidement positionné comme le protecteur de l’Amérique blanche. Cela a pu être observé lors de l’un de ses rassemblements en Floride auquel nous avons assisté et où la quasi-totalité de l’assistance était blanche[6]. En plus de critiquer vertement les immigrants illégaux[7], Trump et ses invités ont référé aux immigrants légaux[8] comme étant des étrangers volant l’avenir des Américains en occupant des emplois - qui se font plutôt rares dans le contexte économique actuel. Aux dires de Trump et de ses invités, c’est carrément le rêve américain qui est mis en péril par l’immigration.


De son côté, Marco Rubio présentait un bilan mitigé sur la question de l’immigration. En effet, en 2013, Rubio a fait partie de la Gang of Eight, c’est-à-dire un groupe de sénateurs bipartisan ayant rédigé la Comprehensive Immigration Reform (CIR). Le point central de ce projet de réforme était la proposition d’un processus menant à l’obtention de la citoyenneté pour les immigrants illégaux se trouvant aux États-Unis. Le projet ne s’est pas rendu loin dans le processus législatif menant à son adoption et a rapidement été abandonné[9]. Rubio s’est par la suite distancié du projet, mais a surtout raffermi le ton en ce qui a trait aux enjeux liés à l’immigration[10]. Si bien qu’en octobre 2013, tant les sympathisants du CIR que ses opposants étaient en désaccord avec la position de Rubio[11].


Plus récemment, quelques semaines avant le vote du 15 mars, Marco Rubio a été férocement critiqué par Trump, Cruz et Christie. À tour de rôle, ils lui ont reproché d’avoir manqué de conviction dans le soutien de sa propre réforme et d’avoir changé d’avis sur une question centrale[12]. Voulant probablement tabler sur la confusion entourant la position de Rubio, Cruz a même affirmé : « a vote for Marco Rubio is a vote for amnesty »[13]. 

 

À cause de l’importance de l’enjeu, de la confusion de sa position aux yeux des électeurs ainsi que des attaques de ses opposants, Rubio a perdu beaucoup de capital politique et de crédibilité aux yeux des électeurs de la Floride. Évidemment, les raisons pour lesquelles Marco Rubio a perdu la primaire de la Floride sont bien plus nombreuses et complexes que les deux facteurs évoqués ici. Notamment, sa contre-performance au débat républicain du 6 février doit aussi être prise en compte afin de réellement comprendre sa défaite.

 

Parmi les personnes interrogées dans le comté de Brevard, plusieurs ont mentionné qu’étant donné le jeune âge de Rubio, il avait encore le temps de faire ses classes, prendre du galon et se présenter à nouveau d'ici quelques années. C'est donc dire que l'étoile de Rubio n'est peut-être pas complètement éteinte.

 

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Marco Rubio, lors de son bref passage à Melbourne (Floride) la veille de la primaire floridienne, le 14 mars 2016. Le candidat déchu a pris quelques minutes pour rencontrer ses supporters et signer des objets promotionnels. (Photo : Véronique Pronovost)

 


* Ce texte est essentiellement basé sur les observations effectuées par l'auteure lors d'un séjour au centre de la Floride en mars 2016.

[1] Viewpoint Florida. "Rubio posts solid job approval rating; Nelson holding steady", Avril 2011 : http://viewpointflorida.org/index.php/site/article/rubio_posts_solid_job_approval_rating_nelson_holding_steady/ 
[2] Christopher O'Donnell. "One a rising start, Marco Rubio's future now unknown", The Tampa Tribune, 16 mars 2016 : http://www.tbo.com/news/politics/once-a-rising-star-marco-rubios-future-now-unknown-20160316/ ; Clark Mindock. "GOP Debate : Marco Rubio's Rising Star Will Be A Main Target for Trump, Bush, Cruz", International Business Times, 10 novembre 2015 : http://www.ibtimes.com/gop-debate-marco-rubios-rising-star-will-be-main-target-trump-bush-cruz-2177717.

[3] Public Policy Polling. "Trumps leads Rubio Even Head to Head in Florida", 25 février 2016 : http://www.publicpolicypolling.com/main/2016/02/trump-leads-rubio-even-head-to-head-in-florida.html 
[4] Traduit littéralement : Petit Marco.
[5] Il est possible de visionner l'une des dernières campagne de publicité négative du clan Trump à l'égard de Marco Rubio à l'adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=ryPrRr8L21M 
[6] Le rallye en question est celui du 5 mars 2016 s’étant déroulé à Orlando à la University of Central Florida.
[7] Ken Wright a employé l’expression comme « borders are leaking », tandis que Laura Wilkerson a fait appel aux personnes ayant souffert de la porosité des frontières. À chaque fois, l’assistance de près de 9 000 personnes scandait en retour « Wall! Wall! Wall! » ou encore « Build a wall! ».
[8] Sarah Blackwell, l’une des invitées, référait spécifiquement au programme de visa H1BV en affirmant qu’elle craignait pour l’avenir des travailleuses et des travailleurs américains. 

[9] Igor Volsky. “How Rubio went from championing immigration reform to vehemently opposing his own bill”, 28 octobre 2013 : http://thinkprogress.org/immigration/2013/10/28/2843381/rubio-anticipate-abandoning-senate-immigration/ 

[10] Ibid.

[11] Public Policy Polling. “Florida voters closely divided on Rubio”, 3 octobre 2013 : http://www.publicpolicypolling.com/pdf/2013/PPP_Release_FL_1003.pdf 

[12] Amy Sherman. “Polls contradict Marco Rubio on public support for a change in statut for illegal immigrants”, 6 février 2016 : http://www.politifact.com/florida/statements/2016/feb/06/marco-rubio/marco-rubio-change-legal-status-illegal-immigrants/ 

[13] Sabrina Siddiqui. ”Marco Rubio hits back at Ted Cruz on immigration”, 1 février 2016 : http://www.theguardian.com/us-news/2016/feb/01/marco-rubio-hits-back-at-ted-cruz-on-immigration 

 
   
   

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