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analyses
La primaire républicaine de la Floride :
Quand les Évangéliques s’invitent dans la course*
Véronique Pronovost, Mardi 15 mars 2016
manifestation pronovostManifestation en marge d’un événement public de Donald Trump le 5 mars 2016 à la University of Central Florida. (Photo : Véronique Pronovost)    Un second Super Tuesday[1], de moindre envergure, aura lieu ce soir. Au total, cinq États et un territoire[2] tiendront des primaires et caucus républicains où 367 délégués seront en jeu. L'État de la Floride représente l'un des États clés à remporter. D'abord, parce qu'avec 99 délégués en jeu, la Floride est le troisième État possédant le plus grand nombre de délégués à l'échelle nationale[3]. Aussi parce que dans le contexte actuel, les enjeux de cette primaire sont cruciaux pour au moins deux des quatre candidats, soit Marco Rubio et Donald Trump.  

 

Pour Rubio, qui n'a que trois victoires[4] et 163 délégués en poche[5], la Floride représente sa dernière chance. En effet, il sait qu'il doit absolument remporter cet État ce soir s'il veut avoir l'occasion de poursuivre sa campagne dans les États de l'Ouest. C'est d'ailleurs pourquoi il a choisi de concentrer ses efforts dans sa Floride natale[6], identifiée comme étant « la priorité » par son porte-parole Alex Conant[7].

 

Moyenne des sondages en vue de la primaire républicaine de la Floride du 15 mars 2016 

  21 janvier 16 4 février 16 18 février 16 3 mars 16 8 mars 16
Donald Trump 38,3% 40% 36% 44,7% 42,3%
Marco Rubio 13,3% 13,7% 15% 26% 26,3%
Ted Cruz 19% 19% 20,5% 12,3% 14%
John Kasich 2,3% 2,3% 2,5% 8,3% 8,8%

Source : Real Clear Politics, 2016.

 

De son côté, Trump doit faire face à un double mouvement de protestation émanant d'une part, des jeunes démocrates, et, d’autre part, de l'establishment de son propre parti. De plus, la course qui s'annonçait relativement facile il y a quelques semaines se complique légèrement, notamment suite à la publication des résultats d'un sondage de la Monmouth University le 7 mars dernier, donnant Trump gagnant par 8% seulement[8]. Considérant la division actuelle des délégués, Trump doit s'assurer de remporter la Floride - compte tenu de la méthode de distribution des délégués qui tient du winner-take-all[9]- s'il veut avoir une chance de se présenter à la Convention de Cleveland avec le nombre de délégués requis.

 

Qui consolidera le vote évangélique?
Un changement important s’opère actuellement au sein de la communauté évangélique. Cet électorat a longtemps été perçu comme un bloc relativement monolithique, mais les primaires républicaines de 2016 laissent entrevoir les différences d’opinions régnant au sein de cette communauté. La tradition veut que les Évangéliques se tournent vers le candidat incarnant les valeurs et positions traditionnelles conservatrices. Pourtant, en février, un sondage illustrait que Ted Cruz ne récoltait que 22% du vote évangélique à l’échelle nationale, contre 33% pour Trump[10].


Certains imputent cette popularité de Trump à un changement de stratégie de la part de la droite chrétienne. Plutôt que de voter pour Ted Cruz, elle se rangerait derrière le style combatif et la forte personnalité de Donald Trump. À cet effet, Gregg Keller, l’ancien directeur exécutif de la Faith and Freedom Coalition, explique : « Social conservatives are taking a look at Trump and saying he’s not with me on all these issues, but the overall larger imperative for us is to tear down this system that has not served us for a very long time[11]». L’insatisfaction envers le système politique et l’establishment qui le mène avait déjà attiré de nombreux évangéliques dans le camp du Tea Party en 2010. Appuyer Donald Trump représente donc pour plusieurs un vote contre ce système qui encourage, selon eux, la dégradation du modèle et des valeurs conservatrices[12]. Steve Mitchell, collaborateur du site Real Clear Politics, explique ce changement de stratégie de cette façon : « We found that evangelicals are drawn toward politics by messianic figures. Although Trump may not be Christ-like, the term messianic does have other synonyms such as “liberator” or “defender,” words that Trump supporters might easily use to describe him[13]». À cela s’ajoute évidemment l’appui de certaines figures importantes de la communauté évangélique comme Jerry Falwell Junior qui a notamment qualifié Trump de « visionnaire ».

 

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L'un des supporters présents à l’événement public de Donald Trump ayant eu lieu le 5 mars 2016, à Orlando. Quelques familles ont été vues portant le même chandail. Crédit photo : Véronique Pronovost.

 

Trump, la Floride… et l’appel au vote évangélique!
En Floride, la campagne de Trump repose en partie sur la présence importante d’une population évangélique (24% de la population totale[14]). Cette tentative de consolider le vote évangélique[15] est difficilement perceptible sans être sur le terrain puisque Trump, lui-même, n’aborde que très peu les enjeux moraux et religieux. Pourtant, lors du rassemblement tenu à Orlando le 5 mars dernier, plusieurs indices permettaient de confirmer cette volonté de consolider le vote évangélique en Floride. Lors de ces rassemblements, rien ne tient du hasard et tout est chorégraphié avec précision.


Avant même de commencer à voir défiler les invités venant appuyer Donald Trump, l’hôte de l’événement a proposé une prière collective. La première invitée à venir prendre la parole fut Paula White, une télévangéliste populaire et reconnue comme une leader régionale, œuvrant aussi comme pasteure d’une méga-église[16]. Lors de son allocution, où les liens entre les sphères politique et religieuse étaient nombreux, elle a rassuré l’audience au sujet de la foi de Trump en affirmant qu’il écoute régulièrement les chaînes de télévision chrétiennes et qu’il adore le gospel du Sud des États-Unis. Au passage, elle est aussi revenue sur l’enfance de Trump et la foi de sa mère. Elle a ensuite enchaîné sur des questions plus politiques. Au sujet du vote du 15 mars, elle a souhaité à reprises que Trump remporte les 99 délégués de la Floride, demandant par la suite à l’audience de scander « Amen ». Elle a aussi abordé la question des libertés religieuses, si chères à de nombreux Évangéliques. De manière très explicite, elle a affirmé que Trump protègerait les libertés religieuses et qu’il en était un fervent défenseur.


Cette suite d’événements anecdotiques témoigne d’une volonté de donner une saveur religieuse aux rassemblements de Trump. Considérant qu’il ne prend à peu près pas la parole publiquement relativement à ces sujets, les médias en parlent peu. Pourtant, pour l’heure, si l’on se fie aux sondages qui soulignent l’appui de plus en plus marqué de la communauté évangélique envers la candidature de Trump, force est d’admettre que cette stratégie, loin de nuire, donne ses résultats.

 

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Plus de 9 000 personnes étaient présentes le 5 mars dernier, à Orlando.
Crédit photo : Véronique Pronovost.


 * Ce texte est essentiellement basé sur les observations effectuées par l'auteure lors d'un séjour au centre de la Floride en mars 2016.

[1] Plusieurs médias américains réfèrent au 15 mars comme étant un second Super Tuesday, dont la chaîne MBC.
[2] Floride, Illinois, Missouri, Caroline du Nord, Ohio et Îles Mariannes.
[3] Après la Californie (172 délégués) et le Texas (155 délégués).
[4] Le Minnesota, Porto Rico et le District de Colombie.
[5] En comparaison, Donald Trump et Ted Cruz ont respectivement 458 et 359 délégués (en date du 9 mars).
[6] Marco Rubio a été très présent sur le terrain, en Floride, au cours des dernières semaines.
[7] Cité dans Ledyard King, « For Sen. Marco Rubio, It’s All About Florida », USA Today, 6 mars 2016 : http://www.usatoday.com/story/news/politics/elections/2016/03/04/sen-marco-rubio-s-all-florida/81313728/ 
[8] Voir le sondage en question, disponible à l’adresse suivante : http://www.monmouth.edu/assets/0/32212254770/32212254991/32212254992/32212254994/32212254995/30064771087/c6781dce-1a50-4f9e-bdf3-69388f5a110f.pdf 

[9] C'est-à-dire que le gagnant du caucus de la Floride remportera la totalité des 99 délégués en jeu.

[10] Trip Gabriel, « Donald Trump, Despite Impieties, Wins Hearts of Evangelical Voters », New York Times, 27 février 2016 : http://www.nytimes.com/2016/02/28/us/politics/donald-trump-despite-impieties-wins-hearts-of-evangelical-voters.html?_r=1

[11] Ibid. 

[12] Jonathan Merritt, « Why Do Evangelicals Support Donald Trump ? », The Atlantic, 3 septembre 2015 : http://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/09/why-do-evangelicals-support-donald-trump/403591/

[13] Steve Mitchell, « Why Evangelicals Support Trump », Real Clear Politics, 6 mars 2016 : http://www.realclearpolitics.com/articles/2016/03/06/why_evangelicals_support_trump_129864.html

[14] Données disponibles sur le site du Pew Research Center : http://www.pewforum.org/religious-landscape-study/religious-tradition/evangelical-protestant/

[15] Pour plus de détail sur le vote évangélique, consulter le sondage suivant : http://fr.scribd.com/doc/300541473/Quinnipiac-Florida-Poll-12-25-16

[16] Elle est suivie par plus de 2,8 millions de personnes sur sa page Facebook et par plus de 450 000 personnes sur Twitter

 
   
   

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