Bannière Template Élections américaines 2016
analyses
Super Tuesday : contre Trump, Clinton n'a pas encore gagné. Les jeux ne sont pas faits
Louis Collerette*, jeudi 3 mars 2016
  obs louis  

Lors du "Super Tuesday", Donald Trump et Hillary Clinton ont confirmé leur avance sur les autres candidats à la présidentielle américaine. Les jeux sont-ils faits pour autant ? Non, estime Louis Collerette, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis. Il explique pourquoi les résultats de l'élection de novembre prochain restent encore incertains.

Mardi soir, aux États-Unis, avait lieu le "Super Tuesday", qui marque un tournant dans la campagne des primaires.

En effet, bien que les premiers affrontements en Iowa, au New Hampshire, au Nevada et en Caroline du Sud aient été importants pour les candidats afin de susciter l’engouement des électeurs, ces États comptent pour un nombre plutôt négligeable de délégués.

Dans la seule journée de mardi, les républicains allouaient près du quart de leurs délégués et les démocrates près du cinquième. Les États du Sud, tels que la Géorgie, l’Alabama, le Tennessee, la Virginie et le Texas étaient particulièrement importants lors de cette soirée.

Le magnat de l’immobilier Donald Trump et l’ancienne Secrétaire d’État Hillary Clinton partaient largement favoris pour remporter la part du lion des délégués.

 

Clinton vs Bernie, une compétition féroce

Clinton, qui était au départ vue comme la candidate incontournable, a dû faire face à une compétition féroce sur sa gauche en la personne de Bernie Sanders, sénateur du Vermont.

Bien que ce dernier ait dépassé les attentes en Iowa et au Nevada, et qu’il ait remporté une victoire décisive au New Hampshire, le Sud était un territoire ou le socialiste autoproclamé courrait à sa perte.

La raclée qui lui a été infligée en Caroline du Sud cette fin de semaine était annonciatrice de sa performance dans ces États du Sud, qui étaient décrits comme le pare-feu de madame Clinton.

En effet, bien que Sanders suscite l’enthousiasme chez les jeunes, la mobilisation de ceux-ci n’a pas suffi pour contrer l’avance d’Hillary chez les femmes et les Afro-Américains, dont le poids est considérable parmi les électeurs du Sud.

 

Bernie aura du mal à remonter la pente

Malgré une soirée au-delà des attentes pour Sanders, ses victoires au Vermont (État dont il est sénateur), au Minnesota, au Colorado et en Oklahoma, ne sont pas suffisantes pour contrer l’avantage de Clinton dans le Sud. D’autant plus que les super-délégués, ces membres du parti démocrate qui auront le loisir d’appuyer le candidat de leur choix à la convention nationale du parti, favorisent largement l’ex-première dame.

Celle-ci bénéficie donc jusqu’à maintenant de l’appui de 577 délégués, auxquels s’ajoutent 457 super-délégués, alors qu’elle en a besoin de 2.380 pour remporter l’investiture. Sanders de son côté récolte un total de 408 délégués pour l’instant.

Dans une course où les délégués sont attribués proportionnellement dans chacun des États américains, il semble de plus en plus improbable que le charismatique septuagénaire réussira à remonter la pente.

 

Même dans la défaite, il pourra influencer le parti

"Bernie" aura cependant réussi à placer l’enjeu des inégalités sociales au cœur des débats. Même dans la défaite, il pourra influencer la plateforme du parti et prononcera certainement un discours important lors de la convention démocrate en juillet.

Clinton aura d’ailleurs grand besoin de l’appui des partisans de Sanders en novembre et devra trouver le moyen de susciter l’enthousiasme pour faire grimper le taux de participation, la clé pour les démocrates dans une élection présidentielle.

Elle aura fort à faire pour y parvenir, car beaucoup d’électeurs la jugent malhonnête et peu authentique, en raison entre autres de l’affaire des courriels non sécurisés qui la suit depuis quelques mois.

 

Trump a le vent en poupe

Du côté républicain, Donald Trump a, comme prévu, remporté une majorité de délégués et renforcé son avance.

Imperméable aux attaques qui sont venues de tous les côtés dans les derniers jours, et propulsé par le soutien des classes ouvrières, qui sont séduites par sa rhétorique populiste sur le plan économique, Trump a le vent en poupe en vue des prochaines primaires, dont celles du 15 mars (voteront alors des États comme la Floride et l’Ohio).

Fort de victoires décisives en Géorgie, au Tennessee, en Alabama et au Massachusetts, Trump a maintenant accumulé 316 délégués alors qu’il lui en faut 1.237 pour remporter l’investiture.

Il a donc une avance de 90 délégués sur son plus proche rival : Ted Cruz. Ce dernier, qui a réussi à l’emporter dans son fief du Texas, ainsi qu’en Oklahoma et en Alaska, pourra continuer à marteler le message qu’il est le seul candidat pouvant battre Trump.

 

Marco Rubio, le grand perdant

Le grand perdant de la soirée est sans l’ombre d’un doute Marco Rubio, le sénateur de la Floride, qui a terminé deuxième derrière Trump en Virginie.

Il n’a pas réussi à atteindre le nombre de votes nécessaire pour amasser des délégués au Texas ainsi qu’en Alabama, ce qui favorise ses adversaires. Il a certes remporté une victoire morale au Minnesota, mais y a obtenu un seul délégué de plus que Cruz.

Après cette performance, il sera difficile d’arrêter le milliardaire newyorkais, qui bénéficie du momentum alors que la course entre bientôt dans sa phase décisive. En effet, à partir du 15 mars, le recours plus fréquent au système du winner-take-all permettra aux gagnants des primaires de mettre la main sur la totalité des délégués rattachés aux États qui emploient ce système (ce sera par exemple le cas en Floride, en Ohio et en Arizona).

 

Barrer la route à l’homme d’affaires

Une victoire de Trump en Floride (où il mène actuellement dans les sondages) serait catastrophique pour Marco Rubio, qui est sénateur de cet État et qui compte sur les Floridiens pour relancer sa campagne.

Les opposants de Trump commencent ainsi à affirmer que leur seul espoir reste peut-être de le battre sur le plancher de la convention du parti en juillet, s’il ne réussit pas à rassembler les délégués requis pour remporter l’investiture. Les ténors du parti républicains pourraient alors s’activer dans les coulisses pour barrer le passage à l’homme d’affaires.

Cependant, cette stratégie présente des risques pour le parti, qui reste profondément divisé entre les élites, qui favorisent Rubio, et la base qui favorise des candidats rebelles comme Trump et Cruz. Cette option pourrait accentuer la fracture dans un parti déjà en proie à d’intenses querelles intestines.

 

Un résultat incertain

Dans ce contexte volatile, le résultat d’une éventuelle course entre Trump et Clinton reste pour le moins incertaine. Trump semble avoir mobilisé des électeurs nouveaux et créé une improbable coalition.

Cependant, avec ses déclarations controversées sur les femmes et les minorités, il s’est mis à dos une partie importante de la population, ce qui pourrait lui nuire lors de l’élection générale.

De l’autre côté, Hillary Clinton est probablement la personne la mieux préparée pour occuper la présidence. Cependant, elle souffre d’un déficit d’enthousiasme qui pourrait lui nuire en novembre.

Ironiquement, le nom de Donald Trump sur le ticket républicain pourrait inciter bon nombre d’électeurs à voter Clinton avant tout pour exprimer leur désaccord avec Trump.

 

 * Article publié dans l'Obs

 

 
   
   

consultez la liste complete