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analyses
Au moins quatre défis immédiats pour le Québec
Frédérick Gagnon, 12 novembre 2014
    Les élections au Congrès et aux postes de gouverneurs ont un impact de notre côté de la frontière.  

 

Depuis quelques jours, certains soutiennent que la victoire républicaine aux élections américaines de mardi dernier permettra à Ottawa d’obtenir le feu vert de Washington pour le projet d’oléoduc Keystone XL. Keystone n’est cependant pas le seul enjeu des relations Canada–États-Unis ayant retenu l’attention des Américains cet automne. Nos entrevues avec une quinzaine d’équipes républicaines et démocrates au New Hampshire, au Vermont, dans le Maine et dans l’État de New York ont permis de constater que le Québec a suscité plusieurs débats. Ce scrutin influencera à plusieurs titres les relations entre le Québec et les États-Unis.

 

« Je me souviens » de Mégantic

Dans la 21e circonscription de l’État de New York, les équipes de campagne du démocrate Aaron Woolf et de la républicaine Elise Stefanik nous ont confié que Lac-Mégantic a été un tournant dans le débat sur le transport du pétrole aux États-Unis. Bien que d’autres déraillements de trains transportant du pétrole aient eu lieu chez nos voisins du Sud (à Lynchburg, en Virginie, en avril par exemple), c’est Lac-Mégantic qui a servi d’exemple quand le thème était abordé par les candidats. Woolf et Stefanik ont affirmé que les trains transportant du pétrole (oil trains) traversent plusieurs villes risquant de subir pareille tragédie, dont Plattsburgh et Willsboro. Lac-Mégantic a aussi été abordé dans d’autres courses, dont celles au poste de gouverneur et au siège de représentant de la 20e circonscription de l’État (respectivement remportées par les démocrates Andrew Cuomo et Paul Tonko). Ici, on s’est surtout inquiété du fait qu’Albany, la capitale de l’État, soit devenue l’un des principaux lieux de passage des fameux « oil trains » […]. La tragédie de Lac-Mégantic a donc incité les candidats à suggérer de nouvelles lois sur la circulation ferroviaire (remplacement de wagons jugés à risque, abaissement des limites de vitesse des trains, etc.). De plus, Lac-Mégantic a servi de justification aux candidats qui souhaitaient aller de l’avant avec le projet Keystone XL ; transporter le pétrole par oléoduc est plus sécuritaire que le transporter par train, disaient-ils.

 

Un allié de Gaz Métro réélu

Au Vermont, le Québec a retenu l’attention en raison d’un autre oléoduc, nommé « Addison Rutland ». Ce projet, promu par Vermont Gas Systems, une compagnie appartenant au géant québécois Gaz Métro, vise à prolonger vers le sud du Vermont un oléoduc transportant du gaz naturel canadien. Vermont Gas Systems souhaite, en outre, construire un tronçon sous le lac Champlain pour approvisionner en gaz une usine de pâtes et papier située à Ticonderoga dans l’État de New York. Bien qu’une majorité de Vermontois appuie le projet qui permettrait, entre autres, d’abaisser la facture de chauffage des ménages, des groupes environnementalistes comme 350 Vermont et Rising Tide Vermont s’y opposent vivement, jugeant contradictoire que l’État appuie la fracturation hydraulique canadienne alors qu’il est interdit de recourir à cette technique sur le territoire du Vermont. Le 27 octobre, ces groupes ont occupé les bureaux du gouverneur Peter Shumlin à Montpelier. Lors des débats télévisés opposant Shumlin à son adversaire républicain, les deux ont appuyé le projet, affirmant que le gaz naturel est une énergie plus propre que le mazout et autres dérivés du pétrole. Les environnementalistes continueront toutefois à militer contre Addison Rutland puisqu’ils estiment que la victoire peu convaincante de Shumlin (avec moins de 50 % des suffrages) prouve que les électeurs ont rejeté ses idées en matière d’environnement.

 

Opposition à un projet d’Hydro-Québec

Au New Hampshire, des groupes environnementalistes comme Live Free or Fry et No to Northern Pass ont pour leur part sonné la charge contre un projet d’Hydro-Québec (HQ), le Northern Pass, qui vise à construire une ligne de transmission électrique permettant d’exporter l’hydroélectricité québécoise en Nouvelle-Angleterre. Ses promoteurs au New Hampshire (la Public Service Company of New Hampshire et Northeast Utilities) martèlent depuis plusieurs mois que l’hydroélectricité est une énergie verte et que le Northern Pass permettra d’abaisser la facture d’électricité des résidants et des entreprises. HQ et ses partenaires ont toutefois du mal à gagner la bataille de l’opinion publique. En effet, les environnementalistes, mais également le secteur du tourisme et les amateurs de randonnée pédestre, affirment que l’édification de pylônes électriques dans la région des montagnes Blanches gâcherait le majestueux paysage. Les équipes de campagne, dans les villes de Concord et Manchester, nous ont fait comprendre que les candidats démocrates aux postes de gouverneur, sénateur et représentants des 1re et 2e circonscriptions de l’État (Maggie Hassan, Jeanne Shaheen, Carol Shea-Porter et Ann Kuster) s’opposaient plus vivement au projet que les républicains Walt Havenstein, Scott Brown, Frank Guinta et Marilinda Garcia. Or, seul Guinta a vaincu son adversaire démocrate. HQ devra donc composer avec des élus plutôt hostiles au Northern Pass et qui ont exigé, entre autres, que les promoteurs enfouissent dans le sol les lignes de transmission, une option qui représente un défi technique et financier considérable.

 

Quand la frontière avec le Québec inquiète

Les candidats aux élections dans le Maine ont peu parlé d’énergie, mais beaucoup de sécurité frontalière. Les attaques contre des militaires canadiens à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa ou encore le retour au Maine d’une infirmière ayant traité des patients atteints d’Ebola à l’étranger ont incité les républicains Paul Lepage (gouverneur), Susan Collins (sénatrice) et Bruce Poliquin (représentant de la 2e circonscription de l’État) à militer pour un renforcement des mesures de sécurité aux frontières. Lors d’un débat télévisé, Susan Collins affirmait, par exemple, qu’il y a un manque criant de patrouilleurs à la frontière avec le Canada-Québec et que le risque que des terroristes la traversent pour attaquer les États-Unis est nettement plus élevé qu’à la frontière avec le Mexique.

 

Les Québécois et les Québécoises avaient donc tout intérêt à surveiller les élections américaines de mardi dernier. Comme l’affirmait le premier ministre Philippe Couillard, en marge du sommet de l’ONU sur le climat à New York en septembre, les élections au Congrès et aux postes de gouverneurs sont déterminantes pour nous, car elles permettent d’identifier les alliés du Québec sur les nombreux enjeux de nos relations avec les États-Unis. Ce cycle électoral n’a pas fait exception et illustre une partie des défis qui attendent le gouvernement Couillard au cours des prochains mois.

 

Tiré du journal Le Devoir

 
   
   

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