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La démission de Petraeus, une mauvaise nouvelle pour la politique étrangère du président Obama
Julien Tourreille, 13 novembre 2012
  800px-Obama discusses Egypt National Security Jan 2011   La démission surprise du directeur de la CIA, David Petraeus, vendredi dernier a tous les ingrédients d’une histoire croustillante. Elle met en scène les frasques extraconjugales d’une figure publique de premier plan, qui plus est au cœur de l’appareil américain de renseignement et de sécurité nationale, le tout dans un contexte d’après élection présidentielle et de début d’auditions au Congrès sur une affaire nébuleuse : l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye le 11 septembre dernier à Benghazi. Au-delà de l’affaire de mœurs, cette histoire pourrait être une bien mauvaise nouvelle pour l’élaboration et pour les ambitions de la politique étrangère du président Obama.

Une innocente incartade

Les Américains font preuve d’un moralisme pointilleux concernant les aventures extraconjugales de leurs figures publiques qui peut prêter à sourire ou susciter une incompréhension médusée à l’étranger. David Petraeus n’a cependant pas été obligé de quitter la CIA car il a trompé son épouse. Pensons simplement à Bill Clinton, dont la popularité manifeste lors de la campagne présidentielle qui vient de s’achever montre combien les Américains lui ont pardonné ses incartades. Le président Eisenhower avait par exemple également une maîtresse et un ancien directeur de la CIA, Allen Dulles, avait eu de multiples aventures extraconjugales.

De plus, la CIA tolère de tels aléas dans la vie privée, tant que l’agence est informée, que le ou la conjoint(e) lésé(e) est au courant, et qu’une tierce personne de nationalité étrangère n’est pas impliquée. L’institution militaire, à laquelle appartenait Petraeus jusqu’en juillet 2011, est quant à elle beaucoup plus sévère sur les questions d’infidélité de ses officiers. Elle peut infliger des peines allant du blâme à un an de prison en passant par la perte de solde et de pension. Il en va en effet de la crédibilité des officiers à mener leurs soldats au combat.

Il apparaît par ailleurs que le FBI a conclu au terme de son enquête que David Petraeus n’avait commis aucun méfait passible de poursuites et que la sécurité nationale des Etats-Unis n’avait pas été mise en danger. La perte du directeur de la CIA n’est donc pas le résultat de difficultés à demeurer fidèle après 38 ans de mariage. Elle semble plutôt liée à des propos tenus récemment en public par son ancienne maitresse (leur relation s’est en effet terminée au cours de l’été 2012) Paula Broadwell.

Une allocution explosive

Lors d’une allocution à l’université de Denver le 26 octobre, celle-ci affirma que le consulat américain de Benghazi avait été attaqué le 11 septembre 2012 car la CIA détenait, dans une annexe qu’elle utilisait, des miliciens libyens. Le directeur Petraeus était au courant mais ne pouvait pas s’exprimer publiquement sur le sujet ajouta-t-elle. Ce sont ces propos qui expliquent l’ampleur politique de l’affaire actuelle.

Depuis septembre, l’attaque contre les installations diplomatiques américaines en Libye dans laquelle périrent l’ambassadeur Stevens et trois autres Américains est un sujet délicat pour l’administration Obama. Si le président avait rapidement qualifié cette attaque d’opération terroriste, la représentante des Etats-Unis aux Nations-Unis, Susan Rice, avait soutenu qu’elle n’était qu’un dérapage à la suite d’une manifestation pacifique. Le candidat républicain à la Maison-Blanche, Mitt Romney, tenta d’exploiter cette cacophonie pour déstabiliser le président, sans succès cependant.

Or, si les propos de Mme Broadwell s’avèrent exacts, la tragédie de Benghazi ne serait pas simplement le fait d’une négligence des menaces par le département d’État comme cela apparaissait être le cas il y a encore quelques jours à peine. Alors que débutent ce 13 novembre des auditions au Congrès sur cette affaire, l’implication plus importante de la CIA en Libye devrait soulever de nombreuses questions. Appelé à témoigner devant la commission sur le renseignement du Sénat, David Petraeus aurait été dans une situation pour le moins délicate pour commenter les déclarations de Mme Broadwell. Il ne fait guère de doute que sa relation avec celle-ci aurait été évoquée, qu’il aurait été considéré comme la source ayant transmis une telle information classifiée, que sa compétence et son jugement auraient été sévèrement jugés, et que l’existence de prisons secrètes aurait suscité des critiques contre une administration Obama dont la première décision en janvier 2009 avait été d’annoncer la fermeture (toujours pas complétée) de la prison de Guantanamo.

Au-delà, cette affaire libyenne peut avoir des répercussions désastreuses pour l’image des Etats-Unis et pour la capacité de l’administration Obama à concrétiser ses objectifs au Moyen-Orient. Il ne faut pas oublier en effet que l’existence d’un réseau de prisons secrètes géré par la CIA, notamment dans des pays européens comme la Roumanie, avaient terni l’image des Etats-Unis dans le monde au lendemain du 11 septembre 2001. Alors que l’anti-américanisme demeure particulièrement vif au Moyen-Orient comme l’ont souligné les manifestations du début de l’automne suite à la diffusion sur YouTube d’un film caricaturant le Prophète, le président Obama risque de se retrouver dans une situation inconfortable. L’existence de prisons secrètes, ajoutée à l’opposition de son administration aux efforts palestiniens pour obtenir un statu d’État aux Nations-Unies, ne peuvent que nuire aux tentatives des États-Unis de redéfinir leurs relations avec les populations du Moyen-Orient dans le contexte de changements de régimes initiés par les Printemps arabes.

La recomposition de l’équipe de sécurité nationale

C’est dans un contexte délicat que le président Obama va devoir recomposer son équipe en charge de la sécurité nationale. Hillary Clinton a annoncé de longue date sa volonté de quitter son poste de secrétaire d’État. Leon Panetta, l’actuel secrétaire à la Défense, ne cache pas son souhait de quitter Washington pour retourner en Californie. Tom Donilon, le conseiller à la sécurité nationale, pourrait être prochainement amené à occuper d’autres fonctions, par exemple à la tête du département d’État si John Kerry, désireux de succéder à Hillary Clinton, se voyait placé à la tête du département d’État. Plus largement, ce sont les principaux postes au sein de l’organe névralgique de l’élaboration de la politique étrangère américaine, le Conseil de sécurité nationale, qui vont devoir être redistribués.

À ces changements nombreux, importants, mais prévus, s’ajoute maintenant la tâche de combler un autre poste majeur à la CIA où quatre de ses principaux responsables doivent maintenant être renouvelés au cours des prochaines semaines et des prochains mois : le directeur, le directeur-adjoint, le responsable des opérations clandestines, et le chef du contre-terrorisme.

David Petraeus, de part sa compétence et sa connaissance de dossiers sensibles à la veille du second mandat d’Obama (Iran, Syrie, Afghanistan, programme de drones…) aurait été un atout précieux pour le président dans cette phase de transition et de renouvellement de son équipe en charge de la politique étrangère. Son départ est donc une perte significative. 
 
   
   

 

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