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analyses
Pourquoi Barack Obama va – certainement – obtenir un second mandat
Julien Tourreille, 5 novembre 2012
BO Le scrutin du 6 novembre vient mettre un terme à une longue et coûteuse campagne pour l’élection présidentielle. Tant aux Etats-Unis qu’à l’étranger, l’enthousiasme pour la course de cette année fut cependant moindre qu’il y a seulement quatre ans, alors qu’un jeune sénateur de l’Illinois était sur le point d’être le premier Afro-Américain à accéder à la présidence des Etats-Unis. 

Le contexte de 2012 n’est évidemment pas celui de 2008. Les Américains, et une bonne partie des opinions publiques mondiales, souhaitaient alors tourner la page des années W. Bush. Un orateur hors pair n’avait alors pas à défendre un bilan grevé par une crise économique sans précédent depuis la Grande Dépression. La course de Barack Obama à la présidence en 2008 fit souffler un vent d’espoir et de changement. Sa campagne pour un second mandat a été peu inspirée et à vrai dire peu inspirante.

Depuis le début de l’année 2012 en effet, la stratégie privilégiée par Obama et son équipe, notamment son directeur de campagne Jim Messina, consista à dépeindre le plus négativement possible le candidat républicain. Cette approche a bien failli se retourner contre Obama lors du premier débat entre les deux aspirants à la Maison-Blanche. Mitt Romney apparut alors plutôt crédible et présidentiable. Même si cela était prévisible, la performance du président sortant fut quant à elle en deçà des attentes.

Au-delà d’un premier mandat dont le bilan est honorable sans avoir été transformationnel et d’une campagne laborieuse, Barack Obama devrait demeurer le locataire de la Maison-Blanche pour quatre années supplémentaires. Et ce pour trois raisons : la mauvaise campagne de Mitt Romney ; une tendance économique favorable à Obama ; et une dynamique positive pour le président sortant dans les sondages.

1.  La mauvaise campagne de Mitt Romney

Si les stratèges de Barack Obama n’ont pas eu le même flair cette année qu’en 2008 pour élaborer une campagne inspirante, celle de Mitt Romney fut simplement mauvaise. Les changements de positions sur des enjeux, les promesses impossibles à tenir, ou encore les attaques contre l’adversaire sont monnaie courante dans toutes les élections. Si Romney a surpris lors du premier débat présidentiel et a pu réduire l’écart le séparant de Barack Obama dans les sondages, sa campagne a souffert de deux maux rédhibitoires.

Premièrement, quatre après la fin de la présidence de George W. Bush, le parti républicain demeure un parti en crise profonde. Pris en otage par une frange radicale symbolisée par le mouvement du Tea Party, le GOP s’éloigne dangereusement des préoccupations et des préférences d’une portion grandissante de la population américaine, tant sur le plan de la politique intérieure et que la politique étrangère. Le choix de Paul Ryan comme colistier a ainsi pu rassurer une base plus conservatrice susceptible d’être séduite par les idées budgétaires et fiscales radicales du Représentant du Wisconsin. Or, la dérive vers la droite du parti républicain tend à le couper de segments de l’électorat particulièrement importants pour remporter la Maison-Blanche, que ce soit les minorités Latino-Américaines et Afro-Américaines, les femmes, et les jeunes. Nous reviendrons en détails dans quelques jours sur cette crise du parti républicain.

Deuxièmement, au-delà de la difficulté pour un républicain modéré comme Romney (c’est l’image qu’il avait lorsqu’il était gouverneur du Massachussetts) de naviguer dans un parti radicalisé, sa campagne fut marquée par des gaffes, des erreurs, et des prises de position controversées. Sa tournée internationale au début de l’été ne fut pas un franc succès alors qu’il froissa un allié traditionnel, le Royaume-Uni, dont il dénonça le manque de préparation pour accueillir les Jeux Olympiques. Son opposition au plan de sauvetage de l’industrie automobile élaboré par l’administration Obama en 2009 lui coûte assurément des voix importantes en Ohio. Sa condescendance pour les 47% d’Américains qui vivent de l’aide de l’État exprimée lors d’un événement privé n’a pas contribué à en faire un rassembleur. Sa volonté de polémiquer sur la question libyenne suite à l’assassinat de l’Ambassadeur Stevens le 11 septembre 2012 lui a notamment fait perdre pied lors du deuxième débat face à Obama. Enfin, une publicité diffusée la semaine dernière en Ohio et dans laquelle le candidat républicain affirme à tort que Jeep prévoit de délocaliser une partie de sa production en Chine pourrait bien être la dernière gaffe qui lui fait perdre l’élection. Les réactions à cette publicité ont en effet été très vives et sévères, tant dans la presse locale que dans la presse nationale. Un éditorial du Washington Post qualifiait ainsi le 2 novembre la campagne Romney « d’insulte aux électeurs ».

2.  Une tendance économique favorable à Obama

L’économie a été l’enjeu numéro un de cette campagne pour les électeurs américains. La situation délicate dans laquelle se trouvent en la matière les Etats-Unis et le taux de chômage élevé ont ainsi souvent été évoqués pour soutenir que Barack Obama aurait les plus grandes difficultés à remporter un second mandat. Largement répandu, cet argument est cependant faux : le taux de chômage n’est pas un indicateur déterminant dans l’issue d’une élection présidentielle, et la situation de l’économie américaine s’améliore.

Premièrement, utiliser un taux de chômage élevé pour soutenir qu’un président sortant pourrait ne pas être réélu est erroné. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, sept des neuf présidents ayant certes cherché à obtenir un second mandat y sont parvenus alors que le taux de chômage était inférieur ou égal à 7,2%. Les deux seuls présidents ayant échoué dans leur tentative de réélection, Jimmy Carter et George H. W. Bush, étaient confrontés à un taux de chômage supérieur à 7,2%. L’idée reçue veut donc qu’avec un taux de chômage avoisinant les 8%, Barack Obama serait en mauvaise posture pour voir son bail à la Maison-Blanche reconduit.

Trois éléments remettent en question une telle idée reçue. Tout d’abord, soutenir qu’un président en exercice ne peut pas obtenir un second mandat si le taux de chômage est supérieur à 7,2% n’est statistiquement pas viable du fait d’un échantillon fort réduit. On ne parle en effet que de deux présidents qui n’ont pas obtenu un second mandat dans de telles circonstances. De surcroît, il apparaît en fait qu’un président a été réélu alors que le taux de chômage au moment de l’élection (c’est-à-dire celui pour le mois d’octobre) était supérieur à 7,2%. En 1984, le taux de chômage était en effet de 7,5% et Reagan a qu’en même gagné l’élection. Enfin, ce n’est pas tant une donnée brute telle que le taux de chômage au moment t qui semble avoir une influence sur l’issue du scrutin, mais la tendance des principaux indicateurs économiques. En 1980 et en 1992, cette tendance était nettement négative et elle avait scellé le sort de Jimmy Carter et de George H. W. Bush bien plus que le taux de chômage.

Deuxièmement, les faits démontrent qu’un candidat sortant à de bonnes chances d’être réélu, sauf si les principaux indicateurs économiques soient négativement orientés, comme ce fut le cas en 1980 et en 1992. Or, les quelques données suivantes illustrent que la tendance économique actuelle est orientée positivement, donc favorable à une la réélection de Barack Obama :
·         Selon le rapport sur les Perspectives de l’économie mondiale publié en octobre par le FMI, la croissance américaine au cours des quatre prochaines années sera la plus solide parmi les pays développés. Les prévisions tablent sur une moyenne annuelle de 3% de croissance aux Etats-Unis, contre 1,2% pour la France et l’Allemagne, ou encore 2,3% pour le Canada. 
·         Une étude du groupe McKinsey souligne également que la dette des institutions financières et des ménages américains est sur le point de revenir à des niveaux contrôlables. 
·         Au 5 novembre, 40,7% des Américains considèrent que le pays va dans la bonne direction, soit un meilleur niveau qu’au moment de l’investiture de Barack Obama en janvier 2009 et une tendance à la hausse constante par rapport au plancher de la présidence Obama, 17% en octobre 2011. 
·         La confiance des consommateurs a atteint en octobre son meilleur niveau depuis février 2008 à 72,2 points, selon le Conference Board. 
·         Le marché immobilier a connu en octobre son 5e mois consécutif à la hausse.
·         Même si le taux de chômage reste élevé (7,9% au mois d’octobre), il est inférieur à la moyenne nationale dans les États-clés convoités par Barack Obama pour sa réélection. Il est ainsi de 7% en Ohio et au Wisconsin, et de 5,9% en Virginie.
·         Enfin, une amélioration est perceptible en matière de création d’emplois. Certes, à peine 200 000 Américains de plus qu’en janvier 2009 bénéficient aujourd’hui d’un emploi. Pour autant, le secteur privé a été créateur d’emplois pour un 32e mois consécutif en octobre. 157 000 emplois par mois en moyenne ont ainsi été créés en 2012, contre 153 000 en 2011.

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L’un des arguments les plus entendus avant l’élection et probablement encore après celle-ci aura été que Barack Obama pourrait être, ou sera, réélu malgré une situation économique délicate. En fait, Barack Obama devrait obtenir un second mandat grâce à l’amélioration de la situation économique.

3.  Une dynamique dans les sondages positive pour Obama

Suite au premier débat entre les deux candidats à la présidentielle le 3 octobre, les sondages nationaux ont mis en évidence un resserrement de la course. Mitt Romney a même pris l’avantage et la perspective que Barack Obama puisse remporter la majorité des voix au Collège électoral sans obtenir la majorité du vote populaire au niveau national est devenu une perspective plausible.

Or, la moyenne des sondages réalisée par le site RealClearPolitics.com met en évidence que la dynamique des derniers jours de campagne, le fameux « momentum », est plutôt du côté de Barack Obama que de Mitt Romney. Ceci se vérifie au niveau national, même si l’écart des voix au suffrage populaire risque d’être plutôt faible. 

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Cette dynamique en faveur de Barack Obama se retrouve également dans des États-clés que le candidat républicain doit absolument remporter pour espérer déloger le président sortant de la Maison-Blanche. C’est particulièrement le cas en Ohio et même en Virginie ou au Colorado, même si la course dans ces deux derniers États s’annonce indécise jusqu’à la fin du dépouillement de tous les scrutins.

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Les sondages pour Barack Obama ne sont pas aussi bons qu’ils l’étaient entre la convention démocrate début septembre et le premier débat début octobre. Ils sont toutefois meilleurs depuis les 10 derniers jours qu’ils ne l’étaient dans la foulée de ce premier débat. Il convient par ailleurs de souligner que l’écart qui a pu apparaître entre les sondages nationaux et les projections au Collège électoral, les premiers plaçant Barack Obama dans une situation délicate, voire même derrière Romney, et les secondes faisant état d’une avance tenue mais constante d’Obama, relève d’une différence de méthodologie. Comme le souligne Nate Silver, les sondages nationaux ont  privilégié les électeurs enregistrés jusque début octobre où ils ont alors opté pour les électeurs probables. Les sondages dans les États-clés se basent quant à eux  de façon continuesur les électeurs probables.

Soutenir que Mitt Romney pourrait gagner la course au Collège électoral ou même que celle-ci est largement imprévisible relève donc soit d’une absence totale de confiance envers les sondages, soit d’une interprétation alambiquée de ceux-ci. Si Barack Obama ne gagne pas demain soir, ce serait non seulement une surprise. Il y aurait également à parier que le décompte des voix tourne à un imbroglio qui ne serait pas sans rappeler l’élection de 2000.

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Dans un tel contexte, voici pour conclure les trois scénarios que j’envisage pour une victoire d’Obama. Il devrait remporter entre 303 et 281 voix au Collège électoral. Les différences entre les scénarios résident dans le gain ou la perte de deux États-clés dans lesquels la course est aujourd’hui encore indécise avec moins de 1% d’écart dans les moyennes de sondages : la Virginie et le Colorado.

Scénario 1 : Obama remporte la Virginie et le Colorado
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Scénario 2 : Obama ne remporte que le Colorado
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Scénario 3 : Obama perd la Virginie et le Colorado
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Bien entendu, toute prédiction erronée n’engage que moi et je serai ravi d’en discuter au lendemain du scrutin. Bonne soirée électorale !
 

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