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Le vote latino-américain pourrait-il faire une différence le 6 novembre ?
Julie Dufort, 31 octobre 2012
16 g Encore une fois cette année, le nombre de Latino-Américains en droit de voter bat des records. 23,7 millions de Latino-Américains pourront en effet se rendre aux urnes le 6 novembre, soit une augmentation de 22 % par rapport aux élections de 2008. Ce phénomène incite les analystes à accorder une importance grandissante au vote latino-américain aux États-Unis. Alors que les sondages s’enchaînent et prédisent une lutte serrée entre Barack Obama et Mitt Romney, le vote latino-américain peut-il donc faire une différence?

L’importance de la Floride, du Nevada et du Colorado

À quelques jours des élections, Obama et Romney multiplient les visites et les poignées de main dans les États pivots – Floride, Colorado, Nevada, Iowa, Wisconsin, Ohio, Virginie et New Hampshire. Parmi cette liste d’États « indécis », la Floride (17 %), le Nevada (15 %) et le Colorado (21 %) comptent une population importante d’électeurs d’origine latino-américaine qui pourrait s’avérer un facteur décisif sur l’issue du vote[i]

Selon David Plouffe, conseiller et stratège politique pour la campagne d’Obama, le parti démocrate travaille depuis plus d’un an et demi à consolider le vote des communautés cubaine, portoricaine et colombienne en Floride. De plus en plus nombreuses, ces communautés peuvent faire la différence sur l’issue du vote. Selon le politologue Dario Moreno de l’Université de Floride, le parti politique qui réussira à emporter 50,1 % du vote hispanique en Floride gagnera cet État.

Au Nevada, les candidats devront tenter de séduire le vote latino-américain en mettant de l’avant leurs promesses pour stimuler l’économie. Figurant parmi les États les plus touchés par la crise économique, le Nevada n’épargne pas sa communauté latino-américaine dont le taux de chômage se chiffre actuellement à 13,5 % – comparativement à 7,8 % pour la moyenne nationale. Votant pour le vainqueur de l’élection présidentielle depuis 1980, le Nevada votera pour le candidat qui proposera un plan détaillé pour relancer l’économie. 

Finalement, le Colorado reste un endroit très prisé par les candidats à la présidence. Obama et Romney ont tous deux visité cet État à plus de huit reprises depuis juin dernier. Si les Coloradiens ont l’habitude de favoriser le parti républicain (ils l’ont appuyé dans 8 des 10 dernières campagnes présidentielles), l’écart s’est rétréci après le dernier débat (Romney mène 50 % contre Obama 47 %).  

Même si Obama pourrait se targuer d’avoir remporté ces trois États et d’avoir récolté 67 % du vote latino-américain lors de la présidentielle de 2008, il reconnaît lui-même l’importance de séduire de nouveau cet électorat. En entrevue au journal Des Moines Registrer, il affirmait : « Should I win a second term, a big reason I will win a second term is because the Republican nominee and the Republican Party have so alienated the fastest-growing demographic group in the country, the Latino community. ».

Le grand défi pour Obama : mobiliser l’électorat latino-américain

Au-delà du rôle de ces trois États pivots, le taux de participation des Latino-Américains est un deuxième facteur déterminant. Le graphique ci dessous montre en effet que la proportion de Latino-Américains ayant le droit de voter et exerçant ce droit n’atteint que très rarement les 50% (Pew Research Center, 2012). 

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Graphique 1 : La participation des Latino-Américains aux élections présidentielles (1988-2012)

Le grand défi pour Barack Obama sera donc de mobiliser cette frange de l’électorat, dont 70 % prévoit de voter pour lui comme l’illustre le graphique suivant. Selon Matt Barreto, politologue de l’Université de Washington et fondateur de la firme de sondage Latino Decisions, Barack Obama pourrait bien perdre ses élections si les Latino-Américains ne se présentent pas aux urnes. À l’inverse, une grande mobilisation de ce groupe pourrait donner un avantage considérable aux démocrates.

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Graphique 2 : L’appui des électeurs latino-américains en 2012

En terminant, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les candidats ne risquent pas de convaincre les électeurs latino-américains en proposant une réforme de l’immigration. En effet, cet enjeu figure au 5e rang des questions qui préoccupent ces électeurs. Selon un sondage Gallup, les Latinos-Américains enregistrés pour voter sont davantage préoccupés par la santé (21 %), le chômage (19 %), la croissance économique (17 %) et l’écart de richesse entre les mieux nantis et les pauvres (16 %) que par l’enjeu de l’immigration (12 %). En d’autres termes, il semblerait que les électeurs latino-américains soient davantage intéressés par le plan de relance économique du parti démocrate que par les propositions destinées à réformer le système d’immigration[ii].


[i] Les autres États pivots n’ont pas une population d’origine latino-américaine très importante : Virginie (5%), Iowa (2%), Wisconsin (2%), Ohio (1%) et New Hampshire (1%). Latino Vote Map, consulté sur internet (http://www.latinovotemap.org/map/) le 30 octobre 2012.

[ii] Il est important de mentionner que l’électorat latino-américain favorise traditionnellement le parti démocrate. En 2004, George W. Bush a été le républicain ayant le plus séduit la communauté latino-américaine récoltant 40% des voies. 
 

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