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L'environnement a-t-il une place dans la campagne présidentielle américaine de 2012 ?
Pierre-André Gagnon, 26 octobre 2012
PlatformHolly « Le président Obama a promis de ralentir la montée des océans et de guérir la planète. Ma promesse est d'aider vous et votre famille. » Cette courte phrase prononcée lors de la Convention républicaine le 27 août 2012 par le candidat à la présidentielle, Mitt Romney, résume ce que ce parti pense des enjeux environnementaux. L'environnement n'est pas quelque chose à protéger, mais plutôt un obstacle à la reprise économique. En accordant une certaine importance à la protection de l'environnement même si celle-ci demeure ambiguë, les démocrates négligeraient la croissance économique et donc, le bien-être des familles américaines.

Que faut-il donc comprendre des positions extrêmes des républicains et de l'ambiguïté démocrate? Il semblerait que la crise économique ayant rendu les Américains plus réceptifs aux arguments républicains selon lesquelles la protection de l'environnement ne peut que nuire à la reprise, les démocrates ont dû nuancer leurs propos pour ne pas donner l'impression qu'ils se préoccupent plus de sauver la planète que les familles. Afin, de s'y retrouver, voici un survol de trois des principaux enjeux environnementaux de la présente campagne.

Les changements climatiques oubliés

En l'espace de quatre ans, la question des changements climatiques est passée d'un enjeu prioritaire avec les candidats John McCain et Barack Obama qui promettaient en 2008 de s'y attaquer avec un système d'échange de quotas d'émission (« cap and trade » en anglais), à un enjeu dont il faut éviter de prononcer le nom dans la présente campagne.

Même si Romney a déjà été favorable à la lutte aux changements climatiques, il est difficile de savoir ce qu'il en pense maintenant puisque comme sur bien d'autres sujets, il a changé d'idée. Au cours des primaires républicaines, il a dû prétendre douter de la science climatique pour plaire à la base du parti. Il aurait cependant récemment reconnu que la planète se réchauffe et que les activités humaines y contribuent, mais tout en insistant sur une supposée absence de consensus scientifique.

Malgré cette reconnaissance du bout des lèvres, les républicains ne proposent rien de concret. Leur plate-forme ne fait qu'affirmer qu'ils s'opposent au « cap and trade » tout en ne proposant rien d'autre. Leur argument repose strictement sur l'idée selon laquelle une lutte trop rapide aux changements climatiques aurait des impacts économiques désastreux. En d'autres termes, ils veulent bien diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays tant qu'il n'y a pas de conséquences économiques, ce qui est pratiquement impossible.

Du côté démocrate, la rhétorique est grandiloquente, mais la substance demeure mince. Le président Obama, tout comme la plate-forme démocrate, affirme que les changements climatiques représentent la plus grande menace de notre génération. Certes, ils offrent certaines propositions concrètes comme d'adopter des standards plus stricts de consommation d'essence pour les véhicules motorisés, mais ils ne proposent plus de politique globale de réduction des émissions des GES comme en 2008. La majorité de leurs propositions demeurent très vagues, ce qui n'est guère rassurant.

Le pipeline de la discorde
Keystone-pipeline-route
Cette ambiguïté profite aux républicains puisque depuis qu'Obama hésite à donner son approbation à la construction du pipeline Keystone XL qui doit transporter du pétrole de l'Alberta jusqu'aux raffineries du Texas, ils ne manquent pas une occasion d'en faire un symbole du zèle environnemental du président. Ils martèlent qu'il est absurde de refuser ce projet titanesque pour des raisons environnementales, alors que selon leurs arguments, sa construction augmenterait la sécurité énergétique du pays et stimulerait l'économie à un moment crucial. Romney a affirmé à plusieurs reprises qu'il autoriserait le projet dès son arrivée à la Maison-Blanche.

Les démocrates n'ont pas le loisir d'être aussi clairs puisqu'Obama doit tenter de plaire à la fois aux groupes environnementaux qui s'opposent farouchement au projet et aux milieux syndicaux qui voient d'un bon œil des emplois dans le domaine de la construction. Cette position délicate explique sans aucun doute pourquoi il a d'abord reporté sa décision pour ensuite permettre la construction de la partie sud du pipeline et enfin, laisser planer le doute quant au sort de la partie nord en attendant les conclusions des études d'impacts environnementaux qui par hasard se termineront après les élections. Les démocrates cherchent manifestement à reporter la question pour éviter d'en parler. Il reste que l'idée de construire seulement la moitié du pipeline semble être un compromis très simpliste qui pourrait au final déplaire à tout le monde.

Toujours plus d'énergie

Il semble que les démocrates soient aussi prêts à faire d'autres compromis puisqu'il y a quelques mois, Obama en a surpris plus d'un en empruntant l'expression « All of the Above » du répertoire républicain. Cette stratégie consiste à augmenter la production domestique de toutes les formes d'énergies. Le président espérait ainsi contrer les critiques républicaines selon lesquelles il serait « anti-énergie », en énonçant clairement que ses ambitions énergétiques ne sont pas limitées aux énergies « vertes ». Malgré le fait que leurs stratégies ont le même nom, il reste cependant des différences notables entre les deux partis.

Les républicains veulent stimuler la production domestique de combustibles fossiles en enlevant les entraves à leur exploitation dans le but d'augmenter la sécurité énergétique du pays et de créer de l'emploi. Leur plate-forme propose entre autres de favoriser l'utilisation du charbon même si sa combustion a de grandes conséquences sur la santé des Américains, de permettre l'exploitation du pétrole dans des zones sensibles comme l'« Arctic National Wildlife Refuge », et d'accélérer l'extraction du gaz naturel par fracturation hydraulique (ce que nous appelons « gaz de schiste ») en déléguant la responsabilité de délivrer les permis d'exploitation aux états plutôt qu'au Département de l'intérieur fédéral.

Pour les énergies renouvelables, les républicains proposent de laisser faire le libre marché en cessant de les subventionner. Ils semblent cependant avoir une conception à géométrie variable du libre marché puisqu'ils veulent continuer à subventionner l'industrie pétrolière à hauteur de 4 milliards de dollars par année.

Les démocrates sont d'accord pour augmenter la production de pétrole, mais pas à n'importe quel prix puisqu'ils veulent continuer à protéger les zones sensibles convoitées par les républicains. Au sujet du charbon, la plate-forme démocrate est vague, mais ils semblent vouloir défendre les normes environnementales de l'Environmental Protection Agency mises en place durant la présidence d'Obama, qui limitent les émissions de polluants des nouvelles centrales. Les républicains affirment que ces règles tuent l'industrie du charbon, mais en réalité, c'est le très bas prix du gaz naturel qui rend la vie difficile au charbon… et à Obama.

Ce dernier est dans une situation délicate puisque le bas prix du gaz s'explique en grande partie par le récent engouement pour les gaz de schiste qui permet d'inonder le marché américain de gaz naturel bon marché. D'un côté, il est très content de voir des centrales au gaz naturel remplacer celles au charbon puisque la combustion du gaz émet, en théorie, beaucoup moins de GES. Cette tendance améliore donc grandement le bilan climatique du pays, ce dont il peut se vanter. De l'autre, les groupes environnementaux sont fortement défavorables à l’utilisation de la fracturation hydraulique puisque cette technique pourrait avoir de fâcheuses conséquences environnementales. Encore une fois très vague, la plate-forme démocrate propose d'encadrer l'exploitation de ce gaz naturel avec une réglementation fédérale non définie.

Pour ce qui est des subventions, Obama aime bien répéter qu'il veut mettre fin au « cadeau » de 4 milliards de dollars aux pétrolières. Il veut aussi continuer à subventionner les énergies renouvelables pour encourager leur déploiement le plus rapidement possible. Malgré cette profession de foi envers les « énergies vertes », sa grande ouverture aux combustibles fossiles laisse les environnementalistes perplexes puisqu'une telle attitude est difficilement conciliable avec la lutte aux changements climatiques.

Et l'environnement?

Alors qu'en 2008, Obama avait su prendre l'initiative en proposant un projet audacieux de lutte aux changements climatiques qui aurait eu un impact durable sur l'environnement, en 2012, ce sont les républicains qui dictent les termes du débat en forçant les démocrates à choisir en l'économie et l'environnement. Face à cette dichotomie, il est difficile, malgré les tentatives d'Obama, de proposer un programme environnemental ambitieux. En fait, les Américains semblent avoir le choix entre le statu quo avec les démocrates et un net recul avec les républicains.

Après les élections, la dynamique pourrait changer puisqu'avec les événements climatiques extrêmes qui ont eu lieu cet été (vagues de chaleur, feux de forêt, sécheresse...), il devient possible de montrer qu'un manque de préoccupation pour l'environnement, et particulièrement pour les changements climatiques, peut avoir des impacts majeurs sur la vie des Américains. La réplique d'Obama lors de la Convention démocrate à la citation de Romney résume le tout : « les changements climatiques ne sont pas un canular. Plus de sécheresses et d'inondations et de feux de forêt ne sont pas une blague. Ils sont une menace pour l'avenir de nos enfants. »
 

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