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analyses
Le 3e débat Obama – Romney : le regard de l’opinion publique mondiale sur l’élection américaine
Julien Tourreille, 22 octobre 2012
Obama and Biden await updates on bin Laden À deux semaines du scrutin du 6 novembre, Barack Obama et Mitt Romney s’affrontent ce lundi 22 octobre dans le cadre d’un troisième et dernier débat qui portera sur la politique étrangère. Les principaux sujets abordés qui devraient susciter une discussion vigoureuse seront l’avenir des Etats-Unis dans le monde, la Chine, le dossier nucléaire iranien, et le Moyen-Orient dans la foulée des printemps arabes. 

Les deux candidats ne chercheront pas ce soir des solutions à des dossiers internationaux complexes. Alors que la course à la Maison-Blanche est serrée et indécise, leur objectif premier sera en fait de démontrer à l’électorat américain qu’ils ont une stature présidentielle, qu’ils peuvent être un commandant-en-chef crédible vers lequel les Américains pourront se tourner advenant une crise nationale. Les deux aspirants à la présidence des Etats-Unis n’élaboreront pas non plus leurs positions sur les enjeux internationaux en fonction des préoccupations ou des attentes de la population mondiale.

Il n’en demeure pas moins que les perceptions qui prévalent à l’étranger auront un effet sur les échecs ou les succès de la politique étrangère américaine après le scrutin du 6 novembre. À ce titre, une étude publiée par le Pew Research Center en juin 2012 est riche d’enseignements. Trois sont particulièrement intéressants.

Premièrement, l’élection américaine de cette année ne suscite pas le même engouement que celle de 2008 au-delà des frontières américaines. Même si des majorités dans nombre de pays (à l’exception notable du Moyen-Orient) espèrent que Barack Obama remportera un second mandat, la campagne en cours est beaucoup moins suivie à l’international qu’il y a quatre ans. Au Japon et en Allemagne, l’attention pour la campagne 2012 est inférieure de 20 points à ce qu’elle était en 2008. En France, au Royaume-Uni, en Jordanie ou encore en Egypte, entre un quart et un tiers des personnes sondées suivent la campagne 2012, une diminution de 16 à 17 points par rapport à 2008. Seule la Chine fait exception avec un niveau d’intérêt pour les élections américaines de cette année en hausse de 19 points comparativement à 2008.

Deuxièmement, le bilan de Barack Obama en politique étrangère a déçu. L’enthousiasme lors de son arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2009 s’était accompagné d’attentes particulièrement élevées, et irréalistes. Les opinions publiques sur la scène internationale s’attendaient ainsi à ce qu’une administration Obama tienne davantage compte des intérêts des autres États. Or, à l’exception de la Chine et du Brésil, les Etats-Unis demeurent majoritairement perçus comme unilatéralistes en matière de politique étrangère. Outre ce comportement général avec le reste du monde, deux dossiers suscitent de la déception, voire même de l’opposition. Le premier concerne l’attitude américaine dans le conflit israélo-palestinien. Le discours du Caire prononcé le 4 juin 2009 par Barack Obama avait pu laisser entendre que les Etats-Unis rejoueraient un rôle « d’honnête courtier » dans la recherche d’une solution à ce conflit. Alors que celui-ci est aujourd’hui dans une impasse totale, une majorité des opinions publiques sondées dans 20 pays estiment que l’administration Obama a privilégié le camp israélien. Le second dossier suscitant une réprobation marquée sur la scène internationale est le recours aux drones. Ces avions sans pilote sont devenus l’outil de prédilection dans la lutte américaine contre le terrorisme et l’administration Obama en accru l’usage de façon exponentielle. L’emploi de cette technologie est décrié par de fortes majorités à travers toutes les régions du monde, que ce soit au Moyen-Orient, en Europe, en Asie, ou encore en Amérique latine. Si les Américains approuvent cette méthode de gestion de la menace terroriste, il n’en demeure pas moins qu’elle alimente l’anti-américanisme à l’échelle mondiale.

Tableau 22-10
Source : Pew Research Center, « Global Opinion of Obama Slips, International Policies Faulted », 13 juin 2012 http://www.pewglobal.org/2012/06/13/global-opinion-of-obama-slips-international-policies-faulted/ 

Troisièmement, bien que la politique étrangère menée par l’administration Obama ait déçu et que le taux de satisfaction à l’endroit du président américain ait diminué par rapport à 2009, l’image des Etats-Unis dans le monde est généralement meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2008. L’économie chinoise est certes dorénavant perçue comme plus dominante que l’américaine : 41 % des personnes interrogées estiment que la Chine est la première puissance économique, contre 36 % pour les Etats-Unis. Or, ces derniers conservent une capacité d’attraction, d’influence et de séduction tout à fait considérable. La façon de faire des affaires, les prouesses scientifiques et technologiques, la conception de la démocratie sont autant d’éléments du soft power américain qui suscitent l’admiration et l’envie des opinions publiques à travers le monde. Il existe toutefois une région dans laquelle la présidence de Barack Obama n’a pas contribué à améliorer l’image des Etats-Unis : c’est le Grand Moyen-Orient. En Jordanie et au Pakistan, cette image est même plus dégradée aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2008.

La réélection de Geroge W. Bush en 2004 avait déçu une large part des opinions publiques sur la scène internationale et elle avait altéré l’image des Etats-Unis dans le monde. Une défaite de Barack Obama et une victoire de Mitt Romney le 6 novembre prochain auraient probablement un effet similaire.  Mais comme le démontre la situation au Moyen-Orient, ce n’est pas tant la personnalité de l’hôte de la Maison-Blanche qui assure une bonne réputation américaine et des succès de politique étrangère. Des positions équilibrées de la part de Washington sur des dossiers concrets et le climat politique local sont en l’espèce des éléments fondamentaux et indispensables. 
 

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