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Romney : le temps presse
Karine Prémont, 6 octobre 2012
504px-Mitt Romney by Gage Skidmore 4 x 1 (Texte publié dans La Presse le 6 octobre 2012.)

Mercredi dernier, Mitt Romney a présenté l'image d'un homme confiant, plus au centre que ce à quoi il nous avait habitués et, assurément, de meilleure humeur que le président Obama. Ce faisant, il a été déclaré grand vainqueur de ce premier débat présidentiel qui, pour soporifique qu'il soit, a été regardé par plus de 67 millions d'Américains.

Il n'en fallait pas plus pour que les analystes proclament que la course était relancée, cette fois à l'avantage de Romney. Mais il n'est pas si facile de changer d'image à un mois du vote et la route menant à la Maison-Blanche est parsemée d'embûches pour le républicain.

En réalité, il est rare que les débats permettent un renversement de situation dans une élection présidentielle, bien que quelques candidats aient réussi à convaincre les électeurs qu'ils constituaient un meilleur choix que leurs adversaires, mieux connus du public et membres de l'administration sortante.

On peut penser à John F. Kennedy, à peu près inconnu avant les débats contre le vice-président Nixon en 1960. En 1976, contre Jimmy Carter, Gerald Ford a paru incompétent, donnant ainsi l'occasion à un outsider inconnu de devenir président à son tour. George W. Bush, en 2000, a connu un regain de popularité après ses débats contre le vice-président Al Gore, dont la personnalité sans éclat a éteint les électeurs. Il est donc possible de renverser la vapeur lors des débats. Toutefois, Mitt Romney fait face à un orateur surdoué qui voudra effacer sa contre-performance.

Il reste encore deux débats présidentiels avant la fin de la campagne. Le premier se déroulera sous forme de rencontre avec le public, qui posera des questions directement aux candidats. C'est là qu'il sera possible d'évaluer de manière plus juste les réelles qualités de Romney face à des gens qui lui parleront inévitablement de ses propos méprisants à l'égard des classes moins favorisées. Romney n'est pas non plus réputé pour sa grande spontanéité, ce qui pourrait avantager Obama.

Au troisième débat, qui portera sur la politique étrangère, il y a fort à parier qu'Obama sera prêt à en découdre: son adversaire est peu expérimenté en la matière, a une vision décousue des grands enjeux internationaux et n'a pas grand-chose à reprocher au président sur ces questions. Pour consolider la victoire du premier débat, Romney devra faire au moins aussi bien dans les deux autres débats, ce qui est loin d'être acquis.

D'autres obstacles se dressent entre Romney et la Maison-Blanche. Il n'a pas encore réussi à convaincre la population des États pivots de voter pour lui. L'Indiana, le Nevada, le Nouveau-Mexique, l'Iowa, le Colorado, le New Hampshire, le Michigan, l'Ohio, la Virginie, la Pennsylvanie et même la Floride penchent actuellement pour Obama, alors que seule la Caroline-du-Nord tend vers le candidat républicain. Ces États représentent 147 Grands Électeurs sur 538: si les tendances se confirment, Obama pourrait en récolter 132, ce qui serait largement suffisant pour obtenir les 270 votes nécessaires pour remporter l'élection présidentielle.

Facteur aggravant pour Romney, les Américains continuent de croire que la situation économique du pays s'améliore, en particulier ceux qui habitent dans ces États pivots.

Il reste à Romney le plus difficile: gagner la bataille de l'opinion publique. Si les gens ont pu rencontrer un Romney plus sympathique lors du débat du 3 octobre, il ne pourra pas faire campagne pendant le mois qui reste en surfant sur cette bonne impression.

Il faut garder en tête qu'Obama est encore perçu par les électeurs comme étant un meilleur candidat, un meilleur leader que Romney. Ainsi, même si Romney a enfin démontré de belles qualités lors du débat de mercredi dernier, il a encore beaucoup de travail à accomplir pour que ce capital de sympathie se transforme en votes.

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L'auteure est professeure de science politique au collège André-Grasset et chercheuse associée à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.
 

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