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analyses
Les comparaisons ne tiennent pas
Karine Prémont, 28 septembre 2012
20110320170920Jimmy Carter April 1980 (Texte publié dans La Presse le 28 septembre 2012.)

Plusieurs analystes ont soulevé l'idée qu'à l'instar du président démocrate Jimmy Carter auquel il est souvent comparé, Barack Obama pourrait ne pas obtenir un second mandat lors de l'élection du 6 novembre.

Pourtant, rares sont les présidents qui portent le fardeau de cet échec depuis 1951, année où un amendement constitutionnel a limité le nombre de mandats présidentiels à deux. Hormis Lyndon Johnson, qui a choisi de ne pas se représenter en 1968, seuls Gerald Ford, Jimmy Carter et George H. Bush n'ont pas été réélus. Y a-t-il des similitudes entre ces présidences et celle d'Obama?

Tout d'abord, chacun de ces trois anciens présidents avait une image négative auprès des médias et de la population. Ford, qui avait remplacé Nixon lors de sa démission en 1974, était perçu comme un gaffeur et comme la marionnette de son prédécesseur, notamment en raison du pardon qu'il avait rapidement accordé à Nixon. Quant à Carter, il était régulièrement décrit comme un faible, incapable de faire face aux Soviétiques. Bush père était dépeint comme un homme qui n'avait aucune vision. Malgré une guerre victorieuse contre l'Irak, il traînait lui aussi une réputation de mauviette.

Autre point commun entre Ford, Carter et Bush: un adversaire plus solide dans la course à la Maison-Blanche. En 1976, Ford faisait face à Carter qui, s'il n'était pas très spectaculaire, avait l'avantage non négligeable d'être un outsider sans tache, alors que Ford représentait la présidence impériale et corrompue laissée en héritage par Nixon. En 1980, Carter affrontait Ronald Reagan, personnage éminemment sympathique et plus déterminé que le président sortant. En 1992, le président Bush avait comme vis-à-vis le charismatique Bill Clinton, beaucoup plus dynamique et télégénique que Bush.

Plus important encore, ces trois présidents ont eu à se battre contre des opposants provenant de leur propre parti politique. Ce n'est pas le cas d'Obama. Ford a dû affronter Reagan lors des primaires. Carter a été opposé au sénateur Ted Kennedy et au gouverneur de la Californie, Jerry Brown, qui représentaient l'aile plus libérale du Parti démocrate. Bush a vu son leadership contesté par Pat Buchanan, favori de l'aile conservatrice du Parti républicain.

Le facteur externe fondamental dans la défaite des présidents Ford, Carter et Bush demeure sans conteste l'état de l'économie américaine au moment de l'élection présidentielle, mais plus largement le bilan économique de ces présidents. Lors de la présidence de Ford, une récession et une inflation galopante ont miné les politiques économiques de l'administration. Le bilan économique de Carter était encore plus désastreux: les États-Unis étaient alors en période de stagflation. La présidence de Bush est également marquée par une récession, mais surtout par une hausse de taxes que le président avait pourtant promis de ne pas mettre en place lors de la convention républicaine de 1988 (le fameux «Read my lips: no new taxes»).

Les situations de Ford, Carter et Bush ont peu en commun avec celle d'Obama. L'image d'Obama est nettement plus positive: alors que les taux de satisfaction de Carter et de Bush n'atteignaient pas 40 %, celui d'Obama est de 53 %, dans la moyenne des présidents réélus.

Ensuite, le candidat républicain, Mitt Romney, n'a pas du tout le charisme d'Obama. Selon des sondages, Romney est aussi moins digne de confiance et fait preuve de moins de leadership que le président.

Reste l'économie. Obama fait face à des difficultés majeures: une création d'emplois décevante alliée à un taux élevé de chômage, autour de 8%. Cependant, il y a une lueur d'espoir qui distingue encore une fois Obama de Ford, Carter et Bush: une petite majorité d'Américains pensent que la situation économique du pays est meilleure qu'au moment de l'arrivée d'Obama à la Maison-Blanche.

C'est probablement dans cette perception, certes fragile, que se trouve la clé de la réélection ou de la défaite d'Obama.

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L'auteure est professeure de science politique au Collège André-Grasset et chercheure associée à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.
 

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