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L'aspirant devient candidat - Les conventions nationales
Elisabeth Vallet, 28 août 2012
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Aujourd'hui, s'ouvre la période des conventions nationales pour désigner les candidats à l'élection présidentielle du 6 novembre 2012. Les républicains sont réunis jusqu'à jeudi à Tampa en Floride. Les démocrates se réuniront quant à eux du 4 au 6 septembre à Charlotte en Caroline du Nord. Élisabeth Vallet retrace l'histoire des conventions et en expose l'importance dans le lancement de la campagne électorale.


Dans les années 1830, lorsque les premières conventions nationales deviennent le moyen de désigner les candidats à la présidence et la vice-présidence, ce sont encore de petits conclaves où une poignée de hiérarques choisissent à l'issue de tractations parfois ardues le champion de leur parti. Aujourd'hui, les conventions nationales sont des grand-messes tapageuses, des spectacles scénarisés et orchestrés de façon à fédérer toutes les factions du parti autour du candidat choisi.


Pourquoi cette évolution?


À l'origine, le Ticket (c'est-à-dire le candidat à la présidence et à la vice-présidence) était désigné par les membres les plus influents du parti au Congrès des États-Unis. Le renforcement de la démocratie américaine pousse les partis, dès le milieu du 19e siècle, à recourir aux conventions nationales pour désigner officiellement leurs candidats. Graduellement le procédé devient plus transparent. Ainsi, depuis 1952, les conventions nationales constituent chaque été le point d'orgue de la campagne de primaires.


Un lieu choisi


Les villes choisies le sont bien souvent en raison du symbole qu'elles incarnent et de leur place sur l'échiquier électoral de novembre, et les retombées économiques se chiffrent pour elles en centaine de millions de dollars. Le lieu de la convention est toujours choisi avec soin par le parti. Plusieurs critères entrent généralement en ligne de compte : on peut sélectionner une ville à haute portée symbolique, une ville-pivot (swing city) c'est-à-dire une ville dont la majorité de l'électorat est encore indéterminée mais dont le poids dans les élections est considérable, ou encore une ville où la sécurité de milliers de délégués peut être assurée aisément. Ce sont 5556 délégués pour la convention démocrate du 4 au 6 septembre 2012 à Charlotte en Caroline du Nord (c'est la première fois qu'elle se déroule dans le Sud-Est des États-Unis depuis Atlanta en 1988, la deuxième depuis Miami en 1972), et 2286 délégués (plus 2125 suppléants) pour la convention républicaine du 27 au 30 août 2012 à Tampa en Floride. Il faut y ajouter les partisans, les bénévoles, les journalistes. Ainsi le Sud-Est, devenu une des clés du collège électoral, est tellement central que les deux conventions de 2012 s'y déroulent : cette région clé, comporte un grand nombre d'États pivots, tenant entre leurs mains le sésame pour la Maison-Blanche.


Les États-clés – en gris – pour l'élection de 2012

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Source : http://www.realclearpolitics.com/epolls/2012/president/2012_elections_electoral_college_map.html

Le rebond


Les conventions nationales ne sont plus vraiment le lieu où se définit le programme du parti, mais elles sont certainement celui où ses membres retrouvent un consensus autour du candidat à la présidence. Elles constituent un tremplin pour le Ticket officiellement désigné : en règle générale il fait un bond considérable dans les sondages. C'est d'ailleurs ce rebond qui a permis, en 2004, à George W. Bush de passer devant John Kerry, dont la crédibilité commençait de toute manière à s'éroder sous l'effet des premières campagnes publicitaires du Swift Boat Veterans for Truth. En 2008, John McCain a également bénéficié de cet effet-rebond, dans la foulée de la très médiatisée nomination de Sarah Palin comme colistière. En raison de la grande médiatisation de ces événements, on entre déjà dans la logique de la campagne électorale générale.

Le déroulement

Les conventions nationales républicaine et démocrate (le parti du président sortant tenant la sienne après celle de l'autre parti) durent idéalement quatre jours. En effet, les Républicains ont du annuler cette année la première journée de la convention en raison de la tempête tropicale Isaac. Ils avaient du faire de même lors de la convention de 2008 à St-Paul (Minn.), à cause de l'ouragan Gustav. Les Démocrates ont de leur côté prévu une convention de trois jours à Charlotte (N.C.).
1. Le premier jour est consacré à l'installation des délégations et à leur accueil – y compris celles des territoires insulaires de Guam, Porto Rico, Samoa et des îles Vierges et Mariannes du Nord ainsi que, pour les démocrates, des délégués représentant les Américains à l'étranger.
2. Le deuxième jour donne lieu à l'adoption de la plateforme électorale et, le cas échéant, à la discussion des règles qui régissent le parti et la convention.
3. Le troisième jour s'amorce avec l'appel des délégations d'État: les unes après les autres dans l'ordre alphabétique, elles vont annoncer leurs votes qui sont ensuite agrégés.
4. Le dernier jour est celui où s'orchestre le clou du spectacle, minuté pour bénéficier de l'heure de grande écoute et obtenir l'audience médiatique la plus grande – qui depuis 2000 est une couverture continue par les chaînes câblées comme CNN, Fox News, ou encore C-SPAN.

 


Sources :
Élisabeth Vallet, Le Duel, Septentrion 2008, rééd. 2012
Élisabeth Vallet et David Grondin, Les élections présidentielles américaines, Presses de l'Université du Québec, 2004. 

 

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