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Vermont : la campagne invisible

Andréanne Bissonnette, Mylène de Repentigny et Maxime Minne, 04 novembre 2016

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L’hypermédiatisation des campagnes électorales américaines n’est pas un phénomène nouveau. En saison électorale, les publicités télévisuelles se succèdent et les traditionnelles affiches de campagne décorent le paysage américain. Certaines routes, notamment dans les États pivots, deviennent rapidement un champ de publicités pour les candidats alors que les courses électorales (présidence, Congrès, gouverneurs…) se superposent. Impossible de passer outre le fait que des élections sont à l’horizon : les électeurs américains sont surexposés à la publicité électorale.

L’exception à la règle
Le Vermont semble cependant y faire exception. En parcourant les routes et les villes de cet État, fief de l’ancien candidat démocrate à la présidentielle Bernie Sanders, un élément fait rapidement défaut au paysage ; l’absence visible d’affiches électorales et de publicités pour les candidats à la présidence et leurs colistiers. Tant à Burlington qu’à Montpelier, capitale de l’État, le peu d’affiches qu’on y retrouve concerne soit le procureur général, soit les candidats à la course au Sénat de la législature d’État. On n’y retrouve aucune affiche de soutien à Hillary Clinton ou à Donald Trump dans les rues, aucune publicité électorale de la part des deux grands partis et la porte est close aux bureaux du parti démocrate à Montpelier. Il semblerait que nul n’y trouve son compte au sein des plateformes des deux candidats actuels. Ou, du moins, ne ressent le besoin de l’afficher. Seules exceptions à la règle : une affiche du candidat républicain et de son colistier dans la fenêtre d’une maison d’apparence inhabitée dans la capitale et une invitation à aller voter, le 8 novembre prochain, devant l’hôtel de ville à Burlington. Quant aux magasins ou boutiques qui pourraient vendre des objets à l’effigie des deux candidats, à nouveau, force est de constater qu’une absence de références à la présente course à la présidentielle est le mot d’ordre. Le Vermont semble se distancier de cette élection et vouloir se distinguer du reste du pays. C’est du moins l’impression que donne l’État à l’observateur qui y met les pieds. C’est à croire que, pour les Vermontois et Vermontoises, la campagne électorale s’est arrêtée suite à la défaite de leur Sénateur, Bernie Sanders.


“In Bern, We Trust”
Pour s’en rendre compte, nul besoin d’aller très loin. Burlington et Montpelier restent au premier coup d’oeil des villes acquises à l’ancien candidat aux primaires démocrates. Bon nombre de personnes, au-delà de la fierté affichée de faire partie du “Green Mountain State”, le sont tout autant de “l’enfant prodige” du pays. Les véhicules arborent parfois des autocollants avec le slogan de la campagne, Feel the Bern, ou encore à l’effigie du Sénateur du Vermont. C’est bien le seul slogan que vous puissiez trouver si vous vous promenez dans Montpelier ou Burlington, et bien évidemment des affiches de campagne de Sanders : A future to believe in. Certains vont encore plus loin. Au coin de Main Street et Barre Street à Montpelier, c’est une effigie religieuse qui trône dans une boutique d’art, représentant Bernie Sanders souriant devant un halo lumineux, avec la devise des États-Unis remaniée : In Bern We Trust. C’est une confiance affichée qui a été ressentie lors des primaires démocrates dans l’État, le 1er mars - où 86% des votes ont été accordés au sénateur - et qui perdure encore, même à trois semaines de la fin de la campagne. Les commerces vont même jusqu’à proposer certains produits comme Bernie’s Coffee et Bernie’s Beans. Quand vous traversez le Vermont et que vous percevez cette absence de campagne, vous pouvez penser un instant que l’État est acquis au parti démocrate. Cependant, il faut se poser la question suivante : si Bernie Sanders avait été le candidat du Parti démocrate, y aurait-il eu ce même manque d’affiches et de banderoles ? Il y a tout lieu de penser que le Vermont se serait fièrement rangé derrière son champion, le seul dans lequel il semblerait que la confiance ne fait pas défaut.

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De la mobilisation politique et de la crème glacée
Vu la faible activité des deux grands partis et des candidats au Vermont, les initiatives personnelles deviennent d’autant plus apparentes. Ces initiatives sont notamment importantes sur le plan de la participation électorale, alors que l’invisibilité de la campagne pourrait mener à un faible taux de participation le 8 novembre. Les initiatives personnelles s’articulent d’une part via les compagnies nationales et d’autre part grâce aux commerçants locaux. Le premier cas semble une évidence lorsqu’on traite du Vermont et de l’activité politique, à savoir l’implication de la compagnie de crème glacée Ben & Jerry’s dans la mobilisation électorale. En effet, la compagnie utilise sa visibilité pour promouvoir un message politique non partisan. Contrastant avec les rues de Burlington, exemptes de signes qu’une élection se déroulera éminemment, l’enseigne de Ben & Jerry’s sur Church Street se démarque en invitant les passants et les clients à voter. “Democracy is in your hands” peut on lire devant la boutique de cette compagnie reconnue pour ses activités politiques en ligne et son implication dans la promotion de mesures facilitant l’accès au vote. On observe également un mouvement de soutien au parti démocrate de la part de petits commerces. C’est notamment le cas d’un commerçant de Montpelier qui, depuis plusieurs années déjà, a choisi de s’impliquer pour mobiliser le vote démocrate – sans toutefois s’affilier aux activités officielles du parti. Dans un autre cas, une librairie, par son choix de livres près du comptoir et dans la vitrine, adopte une position en faveur du parti démocrate. En ce sens, on voit une mobilisation non officielle en faveur d’idées progressistes dans certains commerces du Vermont ce qui pallie à certains égards l’absence de visibilité des partis politiques dans cet État.

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Au Green Mountain State, difficile de ne pas remarquer l’absence flagrante d’affiches et de publicités électorales. Cela peut notamment résulter d’une fidélité marquée à Bernie Sanders et d’une mobilisation non officielle en faveur d’idées progressistes. Toutefois, pour un commerçant de Montpelier, la réponse est plus rationnelle : “There’s no activity here because we already know who’s going to win in Vermont”. Ces mots simples prennent tout leur sens dans cet État atypique, où la victoire démocrate est acquise.

 

 

 
   
   

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